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 When England meets Ireland
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MessageSujet: When England meets Ireland   Sam 26 Mai - 15:43

When England meets Ireland


Christopher ϟ EnglandEva ϟ Ireland


5 janvier 2050, commissariat central de l’EPD

Enfoncé paresseusement dans le siège de son bureau, dos rond et bras lâchement posés sur le clavier d’ordinateur, le lieutenant Hart tapait son rapport avec l’énergie d’un gastéropode. Ses yeux mi-clos, fixés sur l’écran lorsque les paupières résistaient à l’effet écrasant de la pesanteur, reflétaient un formulaire aux (trop) nombreuses cases blanches, lesquelles se noircissaient signe après signe entre deux bâillements.
Sur le plan de travail, un gobelet de café (maxi taille pour maxi coup de fouet) presque vide se tenait à l’écart, prostré dans une position de honte. La reine des boissons au sein de l’EPD, plus chargée en caféine que les produits du commerce, échouait lamentablement à honorer sa réputation d’énergisante suprême.
Le café lyophilisé « spécial police » n’avait pourtant aucune raison valable d’éprouver un tel sentiment de culpabilité : aucun stimulant n’était assez puissant pour motiver Christopher à accomplir ses ennuyeuses besognes administratives. L’officier de terrain était autant à sa place derrière un bureau qu’un léopard dans une cage.

Un espoir naquit dans l’esprit ensommeillé de Christopher lorsqu’une notification apparut dans le coin supérieur droit de l’écran. La petite icône clignotante pouvait signifier bien des choses : les vœux tardifs d’un haut fonctionnaire pour ses chers policiers d’Europolis (avec en pièce jointe le message subliminal : faites votre boulot, mais ne vous avisez pas de me coller une prune), une circulaire relevant d’un décibel le seuil du tapage nocturne (les paroles du dernier groupe de K-pop à la mode peuvent résonner dans tout l’immeuble tant que le sonomètre est d’accord), un rapport de mise à jour incompréhensible du service informatique (ajout des émoticônes « menottes » dans la version 2050R2 135.1547 d’EurOS), l’invitation à un pot de départ (Bébert déménage du placard à la maison de retraite), ou plus rarement le Saint Graal du flic occupé à remplir de la paperasse  : une convocation de toute urgence.

Le message était affublé du tag « Priorité : normale », mais Christopher y réagit avec la même promptitude qu’un appel du chef de la police à se présenter immédiatement à son bureau.
Il se dressa d’un bond, comme un diable sortant de sa boîte, enfila sa veste en étirant ses membres engourdis et prit une longue inspiration.

L’analyse de la moto et du casque dans l’affaire du cambriolage aux docks de Coal District était terminée. Christopher avait la possibilité de réceptionner et consulter les documents sur son poste de travail, mais l’occasion de se dégourdir les jambes était trop belle pour l’ignorer.
En outre, le lieutenant expérimenté savait que les conclusions de ces rapports d’analyses scientifiques ne comportaient jamais les intuitions et incertitudes de l’auteur. Celles-là mêmes qui débouchaient parfois sur des pistes intéressantes, voire déterminantes. Il fallait un contact humain, les questions d’un enquêteur chevronné pour extraire toute la sève des données brutes.
Christopher ne portait aucun grief envers les manipulateurs de pipettes et spectromètres de masse pour ce manque d’audace. Formatés dans un moule de précision et d’exactitude, ils ne pouvaient se livrer totalement dans le fonctionnement actuel des institutions judiciaires. La moindre erreur ou interprétation inexacte menaçait ces esprits brillants de sanction, tandis qu’obéir scrupuleusement aux conventions menait doucement aux échelons supérieurs.

Christopher traversa le dédale de couloirs et d’escaliers qui parcourait le centre tentaculaire de l’EPD comme un réseau de veines et de vaisseaux sanguins. Les muscles de ses jambes avalaient les marches avec voracité, plus rapides que les ascenseurs qu’empruntait le personnel pressé et impotent. Une dernière série de longues enjambées le conduisit en un temps record jusqu’au département chimie de la police technique et scientifique.
À peine essoufflé, il aborda avec un sourire aimable les savants et techniciens en transit dans les longs corridors afin de localiser ce Walsh. La plupart haussaient les épaules en bredouillant leur ignorance, le nez plongé dans des documents inintelligibles ou une réflexion abstraite. Certains lui grognèrent un « Par là » en pointant une vague direction du doigt.

Le nom de ce criminologue était inconnu du lieutenant, pourtant muté à Europolis en 2040. Natif d’Angleterre, Walsh lui évoquait le nom que ses compatriotes donnèrent aux Irlandais (les «Welshmen») après les invasions normandes du XIIe siècle. Si le scientifique était bien originaire de l’île d’émeraude, l’initiale de son prénom inaugurait peut-être un Evan, un Ethan, ou un Eoghan plus traditionnel.
Christopher pariait sur Ethan, prénom devenu populaire au cours des dernières décennies.

Au terme d’un jeu de piste typique de l’EPD, le policier parvint à l’antre d’E. Walsh.

La porte était déjà ouverte, révélant une pièce aux volumes généreux où s’entassaient pêle-mêle dossiers et appareillage de pointe. Bureau aux allures de laboratoire ou labo aménagé en salle de travail polyvalente, l’endroit hybride empruntait aux uns et aux autres sans favoritisme.
Une femme s’affairait à l’intérieur, une cascade de longs fils d’or chutant derrière ses épaules. Sans doute l’assistante de l’illustre criminologue bardé de diplômes.
Christopher donna quelques coups sur le battant pour signaler sa présence, se raclant poliment la gorge avant de prendre l’initiative de la parole.
L’assistante pivota sur elle-même d’un geste fluide, substituant à la blonde chevelure un visage laiteux aux traits réguliers. Ses pommettes légèrement saillantes lui donnaient un petit air facétieux, contrastant avec la sévérité du grand front arrondi où siégeait un cerveau bien construit. Ses grands yeux en alerte dénotaient une curiosité pétillante, prompte à saisir les plus infimes détails.

— Bonjour, dit l’Anglais. Excusez-moi, je cherche…

Après la découverte de ce visage inconnu, les yeux du policier s’étaient attardés mécaniquement sur la poitrine de la jeune femme. Non, pas sur la zone que les hommes ont la fâcheuse habitude de regarder avec plus ou moins d’insistance, mais sur un point très précis situé en haut en gauche, à quelques centimètres sous la clavicule.

Le nom E. WALSH s’inscrivait en larges caractères d’imprimerie sur la bande nominative fixée à sa veste.

Les sourcils du policier se soulevèrent tandis que sa bouche resta entrouverte un bref instant. Une mouche habile aurait pu s’y engouffrer sans risque.
Une fois encore, Christopher pouvait remballer son intuition de flic et ses déductions basées sur des statistiques. Malchance notoire ou profonde incompétence, les premières idées du lieutenant étaient rarement lumineuses (les deuxièmes non plus).
Non seulement l’assistante gagnait une promotion substantielle, mais Walsh portait assurément un autre prénom qu’Ethan, Evan ou Eoghan. Christopher ne se hasarda pas à émettre un nouveau pronostic (bien que son esprit lui soufflait Emma).

— C’est vous que je cherchais, se rattrapa Christopher. Je suis le lieutenant Hart, chargé de l’enquête sur la moto et le casque que vous avez analysés. Auriez-vous du temps à m’accorder, afin de m’expliquer en détail ce que vous avez découvert ?

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MessageSujet: Re: When England meets Ireland   Dim 3 Juin - 15:39

When England meets Ireland

When England meets Ireland

Christopher & Eva



Commissariat central de l’EPD, 5 janvier 2050

Depuis une bonne heure, les doigts d’Eva tapotent avec fluidité sur le clavier de l’ordinateur. Elle rédige avec la précision qui la caractérise, les rapports des analyses qu’elle a bouclées au cours de la journée. Aucun crime ou accident n’étant à déplorer sur ces douze dernières heures, elle n’a pas été appelée sur le terrain. Elle a donc pu se plonger sans interruption dans les analyses pour les enquêtes en cours. Enfin du temps pour avancer un max ! Elle n’empêche pas un sourire de flotter sur ses lèvres. Les éloquents résultats la mettent en joie, et c’est à chaque fois avec la satisfaction du devoir bien accompli qu’elle dépose les documents sur le serveur de la Centrale.
Et voilà basta !, s’écrie-t-elle à l’unisson avec le dernier clic.
Les bras déployés en l’air, elle se recule dans son siège pour s’adosser contre le dossier. Un large sourire étire sa bouche, alors qu’elle savoure son exploit.

*À cette minute, mesdames, messieurs, levez-vous et applaudissez ! Je suis à jour*

Sur les enquêtes qu’elle impute aux têtes d’affiche, du moins. Dans un coin de la pièce traîne encore des bacs de scellés en attente de ses attentions. Comme il s’agit d’enquêtes triviales – selon ses propres critères –, elle a décidé qu’elles ne méritent pas la magie de ses doigts de fées. Comptez donc sur elle pour faire place nette à la première occasion, ouste chez les collègues – débutants ou anciens – pour qui les affaires sans envergure sont des respirations salutaires.

Un rapide coup d’œil à l’horloge murale l’informe que son service a touché à sa fin il y a quelques heures auparavant. Inutile de louer sa dévotion au travail, jouer les prolongations, c’est la norme dans un département en sous-effectif. Et avouons-le, Eva squatte bien souvent pour vaquer à des travaux tout personnel. Et pourquoi se gênerait-elle ? Si on lui met à portée de mains des équipements spécialisés et des substances coûteuses, n’est-ce pas pour qu’elle s’en serve à sa guise ?

Tiens tiens…, marmonne-t-elle en voyant soudain apparaître un nouvel email.
Elle s’agrippe aux dessous du bureau pour se redresser et se projeter vers l’écran. Intriguée par le nom du destinataire, sa main s’empare de la souris et va ouvrir le message. À la lecture des quelques lignes, un sourire franchement amusé détend ses traits. C’est un policier qui lui a écrit. Le Sergeant Joshua Mason d’après la signature. Il vient de prendre connaissance des analyses et souhaite avoir des précisions. Autour d’un café, propose-t-il. Vu l’heure, c’est clairement une Kilkenny qui tente l’Irlandaise. Quelque chose dans la formulation, trop ouverte, lui fait sentir un faux prétexte. Faisant tournicoter la sourie autour du nom de l’émetteur, elle sonde sa mémoire pour mettre un visage au prénommé Joshua Mason. Il n’a pas précisé l’enquête dont il est responsable, ce qui l’aurait aiguillé sur la scène de crime de leur rencontre, – si ce sont là les circonstances de leur rencontre. Rien n’est moins sûr. De la tête aux pieds emballée de sa combinaison informe, on ne peut pas dire qu’elle fasse sensation. En revanche, elle gagne une certaine popularité dans le pub où se rassemblent les policiers à la fin de leur service. Elle sourit, piquée dans une curiosité grandissante pour l’énigmatique Josh… Elle se met debout. C’est décidé, il faut qu’elle sorte prendre l’air, croquer une morce et roupiller longuement! Et pour l’une de ces activités – sinon toutes –, pourquoi ne pas être accompagnée mhm ?

Avec un rouge à lèvres éclatant, elle ravive les contours d’une bouche sensuelle. Elle n’a pas répondu au mail. Préférant surprendre et recueillir les réactions, ça sera un rendez-vous à l’improviste ou rien ! Se libérera-t-il séance tenante pour elle ? Suspens ! Et ce n’est pas lui déplaire, qu’importe le résultat.

*Ça là, ça là, ça ici, et ça zou dans le tiroir !*

Fschhhfschuiii. Avec empressement, la chimiste s’affaire à remettre un minimum d’ordre dans les appareillages dont elle s’est servie. C’est une habitude plus qu’une nécessité. Depuis le début de la semaine, elle occupe ce labo-bureau seule ; son collègue de bureau s’est absenté pour une durée indéterminée. Rien de grave, juste un petit craquage de nerfs… avec toutefois arrachage des derniers poils sur le caillou, sanglots et bégaiements incohérents. Attention aux rumeurs de couloir ! Bien que présente au moment des faits, Eva n’a aucune part de responsabilité là-dedans… ou si petite. Tout au plus fut-elle la goutte d’eau qui fit déborder un vase trop plein. En effet, son confrère traversait depuis un bon moment une mauvaise passe dans sa vie conjugale. À la longue, avec les horaires à rallonge et les images macabres qui hantent, ça limite leur disponibilité et leur entrain dans les activités familiales. Le jour de la crise, il est revenu six pieds sous terre d’une audience où le ténor du camp adverse a tiré à boulets rouges sur les approximations du rapport d’expertise. Passer à la moulinette l’expert fait partie des manœuvres auquel les requins en robe sont passés maîtres. On a beau s’y préparer, une fois à la barre, on se sent à chaque fois mis au supplice. Eva en sait quelque chose, ce n’était donc pas faute de compatir, mais avec son manque de tact habituel, elle a merdé dans le timing. Au lieu de d’abord tendre les bras et offrir une écoute réconfortante, elle crut opportun de proposer ses services de relecture annotée pour de futurs rapports d’expertise. Ça a été trop, le pauvre type s’est effondré et mon Dieu que ce fut moche à voir!

Avec désormais le risque écarté d’un cafteur en puissance, la chimiste goûte une tranquillité d’esprit… qui dépouille toute l’excitation de trafiquer en secret ! C’est son drame, elle a besoin d’éprouver de l’intensité dans ce qu’elle fait, sinon ça l’ennuie tout simplement. Elle ferme les yeux, après que s’annonce un visiteur importun. Ça, c’est son autre drame, elle s’est rendue indispensable. On la réclame sans cesse ! M’enfin, elle y encourage en laissant sa porte entrouverte. Elle pivote pour faire face au nouveau venu qui, s’il ne semble pas savoir qui il recherche, en revanche, sait où poser les yeux. Naturellement, elle sourit. Si la Nature l’a dotée de somptueuses formes, c’est pour qu’on les admire.

*Voilà une entrée en matière prometteuse*, remarque-t-elle, alors que le barbu réalise que c’est elle qu’il cherchait.

Elle n’est pas telle qu’il l’a imaginée, mais pour autant, il ne paraît pas mécontent. Tout au plus, surpris.
Lieutenant Hart, répète-t-elle en appuyant légèrement sur le nom, non pour mémoriser car, ce nom s’est déjà logé dans un recoin de son esprit.
De même que l’homme, puisqu'elle l’a déjà aperçu quelquefois. Comme souvent, la réputation précède. On lui a raconté l’histoire de la fiancée véreuse.
Vous démentez votre réputation, dit-elle tout de go. Ou m'aurait-on menti?
Avec une grâce rieuse, elle marche vers une armoire à portes battantes, tandis que ses doigts déboutonnent sa blouse.
J’ai entendu dire que vous ne sortiez pas de votre grotte. Sinon pour allumer un cierge dans la maison de Dieu.
Elle ouvre l’armoire et troque sa blouse avec un manteau. D’un mouvement de tête qu’on croirait emprunter à un pub de shampooing, elle dégage sa chevelure que le vêtement aplatissait.
Et vous voilà, devant moi, me confessant que je suis celle que vous cherchiez. C’est trop d’honneur, Lieutenant Hart !
Elle se penche en avant en se baissant légèrement pour attraper son sac à main avant de refermer le vestiaire.
Mais désolée, je ne peux pas être votre Lumière. Et je le regrette, croyez-le bien, mais j’ai terminé mon office pour aujourd'hui. Vous pouvez retenter votre chance avec Dr Hickman à côté. Bye !
Entre atterrir au pieu avec le mystérieux Josh et blablater avec le pieux Hart, il n'y a pas à tergiverser… alors pourquoi bon sang, fait-elle marche arrière pour repasser sa tête dans l'embrasure de la porte ?!
Si vous avez le temps de m'emmener sur le pont du saut de l'Ange à la chevelure flamboyante, je peux prendre le temps de vous donner des détails, lui propose-t-elle un marché d’une voix à peine moins espiègle qu’auparavant.
C’est au dépôt de la police qu’elle avait passé au peigne fin la moto accidentée. De l'accident, elle n'a vu que des photos, et il faut croire que ça la chiffonne toujours de n’avoir pas pu s’imprégner de l’environnement.

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MessageSujet: Re: When England meets Ireland   Lun 4 Juin - 17:48

When England meets Ireland


Christopher ϟ EnglandEva ϟ Ireland


5 janvier 2050, commissariat central de l’EPD

Nom de dieu, mais d’où est-ce qu’elle sort ? s’interroge Christopher.
Visiblement pas de l’usine à nerds où sont fabriqués en série les visages coincés qui travaillent à la Police Technique et Scientifique, comme si leur régime d’équations mathématiques et formules chimiques bloquait le transit intestinal.

La dernière fois que le lieutenant s’est adressé à l’une de ces têtes de constipé, il a eu droit à un certain Nickman, Trickman ou autre nom du même acabit. Épaules voutées, grosses lunettes aux verres épais, cheveux gras comme son postérieur débordant de chaque côté d’une chaise qui peinait à rouler sous le poids éléphantesque. Son assistante, une jeune brune aimable comme une porte de prison, affichait le visage hargneux de ceux qui en veulent à la terre entière (Christopher ne lui en voulait pas, passer ses journées avec Nickman-Trickman avait de quoi saper le moral des plus coriaces). Reste qu’en voyant le scientifique se récurer les narines, Christopher avait perdu l’envie de lui tirer les vers du nez. Et le sourire colgate qu’il avait lancé à gueule-de-je-vais-te-bouffer-tout-cru n’avait reçu pour écho qu’un retroussement de babines.

Avec le ravissant sourire (le mystérieux pouvoir des fossettes) que lui adresse Walsh, la bonne humeur de Christopher lui revient comme à un joueur du loto ayant coché cinq bons numéros. D’autant qu’avec les volumes généreux bombant le haut de la blouse, sa lecture de la bande nominative fixée au niveau de la poitrine aurait pu être mal interprétée. (L’idée que son regard a été interprété de manière incorrecte ET accueilli avec un sourire ne traverse même pas l’esprit du policier.)

— Hart sans le « e », précise Christopher quand elle répète son nom, une erreur que font souvent les gens d’Europolis.

Le policier reconnait vite l’accent irlandais, avec ses voyelles plus douces et des consonnes plus dures que son anglais londonien. Une manière de parler qui va bien à cette femme au teint pâle, mais visiblement haute en couleur.
Sa réputation de cul béni est parvenue jusqu’aux oreilles de cette inconnue qu’il ne connait ni d’Eve ni d’Adam. Une réputation déformée-amplifiée-répétée comme des ragots de couvent. Christopher aurait pu s’en offusquer si ces paroles n’étaient pas sorties d’une bouche aussi rieuse (toujours cette magie des fossettes).
En outre, le mauvais chrétien ne décèle aucune méchanceté chez cette femme énergique et boute-en-train, animée d’un humour provocateur qui force le sourire (peut-être pas celui de ses collègues constipés). Christopher a toujours été sensible à ces qualités, beaucoup trop rares dans son quotidien ponctué d’horreur et de drame.
Son inconscient fait d’ailleurs le rapprochement avec Lauren, à qui Walsh ressemble à bien des égards – jusqu’à ses fins cheveux d’or qui suivent avec une grâce surnaturelle chaque mouvement de tête.

— Ce doit être l’effet blanc immaculé de votre blouse, rétorque-t-il avec un sourire amusé, vous ressemblez presque à une nonne sans son couvre-chef. Ou à une jeune mariée, version liaison covalente double avec le professeur Lavoisier. Si en plus vous pouvez m’éclairer sur cette affaire…

Le regard fixé sur son interlocutrice tandis que celle-ci change de tenue et ramasse son sac, Christopher savoure la grâce dans les gestes, l’harmonie dans les formes. Toute lubricité est absente de son regard encore endeuillé, mais l’esthète prend le dessus sur le policier et s’émerveille durant quelques instants.

Car les belles histoires ne durent jamais. Même les dernières productions Disney rompent avec l’optimiste surréaliste d’antan. Montre en main, la rencontre magique de l’Anglais et de l’Irlandaise aura duré une minute plus ou moins trente secondes (la précision des montres n’est plus ce qu’elle était).

Mademoiselle – ou plus certainement madame, ce genre de femme attire les hommes comme le miel attire les abeilles – E. Walsh (influencé par les paroles religieuses, Chris penche désormais pour Evangelina) lui claque la porte du vestiaire au nez. Pire, elle le renvoie au Dr Hickman (le même Nickman-Trickman dont il a gardé un souvenir impérissable, à l’exception de son nom).

Elle quitte la pièce à la vitesse d’un ouragan, laissant un Christopher pris de court, médusé. Son visage fermé reflète la déception qui l’étreint, mais aussi sa détermination farouche. Le respect et les bonnes manières poussent le Britannique à ne pas abuser de Walsh. À commencer par le temps libre de cette jeune femme, qu’il imagine rempli d’activités ordinaires et joyeuses – tout le contraire de lui.

Mais les belles histoires ont aussi pour caractéristique d’offrir une chute surprenante, un renversement inattendu de dernière minute.

Alors que le lieutenant s’imagine déjà retourner à son bureau et rédiger ses fichus rapports (le supplice du formulaire est un moindre mal que l’ogre Hickman en plein récurage), le visage facétieux de Walsh réapparaît comme par magie.

— Avec grand plaisir, répond-il sans se faire prier. Mon temps est précieux, mais le crime n’attend pas. C’est très généreux de m’accorder cette faveur.

Une manière de se donner le beau rôle sans masquer son enthousiasme. Progresser dans son enquête est sa motivation première, mais partir en balade avec la sémillante Walsh le réjouit d’avance.
Loin d’être séduit, l’ex-fiancé cocufié par la pègre reste néanmoins sur ses gardes. L’air enjoué qui éclaire son visage n’est pas feint, mais son regard observateur détaille chaque petit geste de la criminologue. Sa longue expérience dans la police et son histoire personnelle lui ont enseigné que les apparences sont trompeuses. Pas rarement ni quelquefois, mais presque toujours. Et plus la devanture est agréable, plus la part d’ombre risque d’être répugnante.
Ses habitudes de flic reprennent donc le dessus tandis qu’il guide l’experte dans les méandres de l’EPD jusqu’à sa voiture personnelle.

— On entend rarement un accent irlandais aussi pur que le vôtre. Vous vivez à Europolis depuis longtemps ? Vous y avez de la famille, des amis ? Et le « E » sur votre badge est bien l’initiale de votre prénom ? (Cette fois, son intuition de policier lui souffle Esther comme prénom appropriée à une chimiste.)

Puisque Walsh connaît sa réputation, Chris ne s’inquiète pas de la mauvaise interprétation que pourraient avoir ses questions. Grâce à sa vie chaste et austère, le personnel de l’EPD ne voit guère « Monk » comme un dragueur en puissance et se méprend rarement sur ses intentions.

— En tout cas, on voit peu de visages aussi jeunes à un poste aussi élevé de la PTS. Votre CV a dû impressionner le DRH. Et vous possédez assurément une excellente mémoire, pour m’exposer les résultats de vos analyses en détail sans avoir le dossier sous les yeux.

Les paroles sont flatteuses, le ton est aimable, le sourire charmant, toutefois le lieutenant cherche à acculer son interlocutrice dans les cordes comme le ferait Stubborn lors d’un combat. Promotion canapé ? Réelles compétences ? Un mélange des deux ? Rien de tout ça ?
Heureusement pour Christopher, il est plus doué pour interpréter le langage du corps et les intonations dans la voix qu’émettre des hypothèses justes.

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MessageSujet: Re: When England meets Ireland   Dim 10 Juin - 16:49


Lorsque le policier anticipe la confusion orthographique sur son patronyme, Eva rehausse en coin son sourire. À l’oreille seule, sans doute se serait-elle méprise, mais le nom est inscrit dans des documents qu’elle a eus sous les yeux ; ses associations ne sont pas liées à l’organe vital.
Comme on désigne, en langue française, la corde qui étranglait les criminels menés à la potence, remarque-t-elle à la suite de son interlocuteur. Un nom qui vous a prédestiné, semble-t-il.
À bien des égards, mais elle lui épargnera une allusion aux cornes du cerf. Ils ne se connaissent pas assez pour pousser la taquinerie sur un sujet sinon sensible, du moins privé. L’espace d’une seconde, l’esprit de la blonde s’absente pour se revoir feuilletant un ouvrage au milieu d’autres éparpillés autour d’elle. Sa mère était – l’est-elle toujours? Là où elle se trouve... – enseignante de littérature étrangère, avec une passion pour les œuvres relatant l’histoire médiévale. Avec le dérangeant sentiment que la fiancée de Hart ne sera pas le seul fantôme à rôder autour d’eux si la conversation devient plus personnelle, Eva les embarque sur un terrain moins miné, à savoir les on-dit qui circulent quant au mode de vie ascétique du surnommé « Monk ».

Tournant le dos à son interlocuteur alors qu’elle revêt son manteau, un rire enfantin, léger et cristallin s'échappa de ses lèvres. Amusée – à sa grande surprise – par les farfelus rapprochements d’un homme qu’on lui a décrit triste comme une tombe sous un jour de pluie. Elle prend son sac. Gagnerait-il à être mieux connu ? Il semble moins mortellement ennuyeux que les racontars ne le laissaient entendre. À la volée, elle referme la porte du vestiaire. Le souffle qui cajole son visage, ravive alors le désir du souffle diablotin d’un homme à son oreille, sur son cou... Non, ce soir, le beau regard du prêcheur ne la déviera pas de ses projets pour la convertir à l’abstinence. Comme plan B, elle le renvoie à son confrère Hickman dont on croirait les fesses boulonnées à son siège tant il ne le quitte jamais. Remarquez qu’au vu du poids que doivent soutenir ses jambes, la position assise est presque une prescription médicale. Le pas plein d’allant, elle franchit le seuil de la porte pour viser un flirt avec le sergent Mason… avant de rondement rebrousser chemin et lancer une proposition au lieutenant.

*Je te jure des fois, je suis pire addict !*, se reproche-t-elle sa curiosité inépuisable pour les criminels qui mettent en échec les autorités.

Tandis que Hart accède à sa requête, elle lui lance un regard plus intense. Il paraît foncièrement investi dans sa mission d’assurer la sécurité et la protection des citoyens. Un flic intègre, pur et dur ? C’est trop tôt pour formuler une opinion éclairée, elle se réserve cela pour plus tard... et si affinités. Elle se recule dans le couloir alors qu’il l’y rejoint. Ce dernier dégage dans son attitude une réactivité qui plaît à la chimiste.
Je ne fais qu’apporter ma pierre à la collaboration entre les services, donne-t-elle à croire à une faveur qu’elle ne réclamera en retour.
Pensez-vous, ça serait mal la connaître ! Évidemment qu’elle compte invoquer auprès du lieutenant l’échange de bons procédés à la première occasion profitable. D’ailleurs le sourire qui accompagne ses paroles laisse planer peu de doute sur son altruisme intéressé.

À la Scientifique, les âmes qui vivent se confinent dans les salles à autopsier ou à analyser, conférant aux couloirs une atmosphère aseptisée à la limite du lugubre. Ça ne dérange pas Eva, bien accompagnée par un compagnon enclin à bavarder. Elle sourit à la remarque sur son accent perçu comme pur à l’oreille de l’Anglais, pourtant, il est moins prononcé qu’au naturel.
Je dois l’estomper pour être comprise, mais je ne cherche pas à le faire disparaître, j’y tiens ! C’est un peu de mon île que je garde avec moi. Pour mon accent pur, vous devriez m’entendre après une bière.
Un appel du pied ? Certainement, mais elle envoie ce genre de signe à tout va sans pour autant attendre une concrétisation.
Laissez-moi réfléchir... Elle lève la tête en l’air, ça fait quoi ? Un, deux.. ah juste deux mois ? Deux mois que j’ai posé ma valise ici. Et intégré la grande famille de l'EPD.
Sa vie sociale n’est pas encore développée, mais son travail ne lui donne pas vraiment loisir de connaître du monde en dehors du cercle des collègues.
Je connaissais un peu Europolis, j’y avais fait des sauts quelquefois durant mes études. Principalement, pour des visites à son petit-ami de l’époque. Uniquement mon frère, en quelque sorte. Il est souvent déployé à l’étranger. Et vous ? Vous êtes ici depuis la création de la Capital ?
Ils arrivent du côté des couloirs plus en effervescence à cause des allers-venus des policiers en partance ou au retour de patrouille.
C’est en effet l’initiale de mon prénom. Voyons à quel point vous êtes fin limier, Lieutenant Hart, le défie-t-elle avec un éclat d’audace dans les yeux. Ecoutez bien l’indice : mon prénom se dérive de la tenue qui me sied le mieux.
À peine vantarde la nana ! Mais si Hart souhaite apprécier de ses propres yeux, cela n’embarrassera pas Eva de lui dévoiler la preuve. À bien considérer, elle n’a peut-être rien perdu au change en laissant tomber le rencard avec le sergent Mason. En tout cas, elle s’amuse de l’exquise ambigüité qui s’est installée dans leur conversation.

Elle ne saurait dire si c’est un réel intérêt pour sa personne ou si ce n’est que par déformation professionnelle,  – et à vrai dire, les motivations du policier lui importent peu – mais les informations qu’il collecte, il ne les obtiendra pas sans également entrer dans son jeu à elle.
Ai-je besoin de présenter un CV quand tout est dit en me voyant ?, demande-t-elle sur le ton de la plaisanterie, assumant toutefois les opportunités que son joli minois lui ouvre.
D’autant qu’elle sait ce qu’elle vaut et où elle veut aller. Malgré sa jeune carrière, elle se moque de faire ses preuves et cette confiance lui donne un culot qui supplée aux années d’expérience.
Vous allez pouvoir juger par vous-même, mon CV, vous l’avez animé sous les yeux, et en action.

Ils marchent vers la voiture du policier, dans laquelle la jeune femme s’installe promptement afin de ne pas être plus longtemps à la merci du froid de cette soirée d'hiver.
Vous étiez le premier à prendre en chasse la motarde. Si votre mémoire rivalise avec la mienne, pourrions-nous refaire toute la course poursuite jusqu’au pont ?, demande-t-elle en tirant sur la ceinture de sécurité, qu’elle ne semble pas arriver à boucler.
Dans un geste de renoncement qui révèle un manque surprenant de persévérance, elle relâche la ceinture qui remballe à sa place initiale et tourne la tête vers le conducteur.
Pouvez-vous, Lieutenant Hart, m’attacher?, sollicite-t-elle de l'aide, d’une voix qui n’est pas exempte de sous-entendre une invitation friponne...

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MessageSujet: Re: When England meets Ireland   Lun 11 Juin - 19:48

When England meets Ireland


Christopher ϟ EnglandEva ϟ Ireland


5 janvier 2050, commissariat central de l’EPD

Christopher est doublement décontenancé par la répartie de la scientifique sur son nom de famille.
Que ce soit à Londres ou à Europolis – deux mégapoles cosmopolites avec une importante communauté française, jamais on ne lui a parlé de cette analogie. Il s’attendait à rencontrer une tête remplie de savoirs scientifiques, mais les connaissances de la criminologue s’étendent aussi à l’histoire… du crime.
Par ailleurs, Walsh appuie cet étalage de culture avec un délectable humour noir dont les Anglais raffolent – Christopher en particulier.
Avec une ferveur pas très catholique, il remercie les ennuyeux rapports de police de l’avoir motivé à venir jusqu’ici.

— Vous m’impressionnez, lâche-t-il spontanément. Vous avez manifestement plus d’une corde à votre arc. J’ai connu pas mal de mangeurs de grenouilles (version britishement correcte de « fromages qui puent »), mais aucun amateur d’histoire parmi eux, on dirait. (Chris se frotte la barbe, faussement songeur.) Je comprends mieux pourquoi Paul craignait toujours que je lui enfile sa laisse. (Il réalise que sa remarque peut mener à diverses interprétations, dont certaines à base de tenues olé olé en cuir et de cravaches en crin de cheval.) C’était le bulldog d’une voisine, précise-t-il avant d’essuyer une remarque égrillarde.

Le policier rejoint Walsh dans le couloir avec un réel enthousiasme, accueillant avec un sourire satisfait la remarque sur la coopération entre les services. Peu importe le sourire malicieux qui trahit d’autres intentions, le lieutenant approuve.
Après tout, une collaboration saine fonctionne toujours dans les deux sens.
Encore faut-il qu’elle démontre ses capacités. Les connaissances en histoire de France, c’est bien pour nourrir la conversation ; les compétences en chimie légale, voilà ce qui intéresse réellement le policier.

— Ah ! Si tout le monde voyait les choses comme vous, nous pourrions bâtir des pyramides qui rendraient les pharaons verts de jalousie ! À condition d’utiliser des pierres de qualité, bien entendu.

Le message est clair. Madame ou mademoiselle Walsh use de sa langue avec un talent et une élégance indubitables, mais ces préliminaires appellent une démonstration plus édifiante.

En attendant, la scientifique répond aux questions du policier avec une loquacité exemplaire. Elle incarne à bien des égards la suspecte idéale, celle qu’on ne rechigne pas à interroger toute la nuit.
Christopher joue de son côté l’oreille attentive, le confident à qui on dévoile volontiers ses secrets. Il opine du chef au fur et à mesure afin de manifester son intérêt et l’encourager à poursuivre.

— Vous avez bien raison. Votre accent fait partie de… (non, pas votre charme) vous et j’aime entendre l’incroyable richesse de nos langues et dialectes. Quelque part, cette diversité montre la réussite du projet européen, notre capacité à vivre ensemble.

Naturellement, le londonien préfère son accent propret et raffiné (snobinard, diraient les oreilles de mauvais goût) au dialecte grossier, quasi vulgaire des Irlandais. Leur manie de couper les « g » final des mots en « ing », quelle horreur ! Heureusement, c’est cette fâcheuse habitude que Walsh s’emploie à gommer afin d’être comprise.
Christopher n’a donc aucune envie d’entendre la version brute. Il note cependant qu’elle s’adonne à une autre coutume non moins fâcheuse de ses compatriotes, la plus connue d’entre toutes : la consommation – généralement excessive – de bière.

Le lieutenant enregistre mentalement le parcours de la scientifique, relève qu’elle vit seule – pour le moment. Ce qu’il entend le réjouit au plus haut point : deux mois chez la police scientifique d’Europolis est un délai très court pour une hypothétique corruption. Walsh semble trop babillarde pour garder secrètes des informations confidentielles, mais ses analyses ne devraient guère souffrir d’un manque de probité. Un frère militaire est de surcroît une bonne caution d’intégrité.
En principe, du moins. Car Lauren provenait d’une famille de militaires, son frère a servi tout au long des conflits mondiaux, pourtant son nom figurait parmi une ribambelle de flics ripoux et autres fonctionnaires corrompus.

— Et votre intégration se passe bien ? J’imagine qu’une personne comme vous ne doit avoir aucun mal à se trouver des amis.
Pour ma part, je vis à Europolis depuis dix ans. J’étais déjà lieutenant de police à Londres avant de travailler ici.


Une ombre recouvre soudain le visage de Christopher.
Venir à Europolis figure parmi les plus grosses erreurs de sa vie. Mais à l’époque, il n’avait aucun moyen de le savoir.
Tout ce qu’il souhaite à cette jeune femme, c’est qu’elle ne connaisse jamais les mêmes déboires et désillusions que lui. La capitale exerce un pouvoir morbide sur ses habitants, broyant et souillant les âmes comme un génie du mal. Combien de temps y résistera-t-elle ?

Cette ombre fugace quitte le visage du policier dès que Walsh énonce une curieuse devinette sur son prénom. Ses yeux s’écarquillent tandis qu’une veine gonfle sur sa tempe, comme s’il a cessé de respirer.
Contrairement à son intuition exécrable qui déroute les experts en probabilité et statistiques, l’esprit de déduction du lieutenant fait le plus souvent honneur à sa profession. À cause de son mode de vie ascétique, les relations et les sujets salaces font néanmoins partie des exceptions.
Dans le cas présent, il devine rapidement la solution de l’énigme, doute aussitôt.
Subit-il l’influence des savoureux jeux de mots sur la religion de tout à l’heure ? À moins que son esprit paresseux récupère le prénom Evangelina qui lui avait traversé l’esprit ?
Plus important : Walsh est-elle culottée à ce point ? (Ou du genre à troquer volontiers la culotte pour une feuille de vigne.) Et que signifie ce regard de défi ? Le mélange de force et d’audace qui danse furieusement dans ses yeux noisette le stimule autant qu’il le déstabilise. L’Irlandaise combine un esprit vif et brillant à une délicieuse effronterie, sans jamais tomber dans la crasse vulgarité qui répugne l’homme élevé dans le protestantisme.

Christopher hoche la tête, le regard plongé dans les yeux vifs de son interlocutrice. Non, il ne s’agit pas seulement d’un banal test d’intelligence. D’ailleurs, si la scientifique est aussi observatrice que son esprit est affuté, elle sait depuis la première seconde qu’il tient la bonne réponse.
Après quelques secondes interminables, Christopher répond sur un ton faussement sérieux qu’un sourire joueur contredit :

— Mary ? Maria ? Le blanc immaculé de votre blouse m’a tellement ébloui que je vous verrais bien en tenue de mariée, ou de vierge Marie. Je suis néanmoins disposé à croire que d’autres tenues mettent davantage en valeur vos atouts. En tant que policier, vous comprendrez que je me base sur ce que mes yeux voient, pas sur le fruit de mon imagination.

Christopher mettrait sa tête sur le billot (ou dans une hart !) qu’Eva (s’il a bien deviné) est aussi vierge que sa voisine du dessous (à l’étage inférieur, pas dessous lui), une célibataire dont les bruyants ébats passionnés semblent l’unique constante de sa vie affective.
Envoûté par cette sirène effrontée, le cocufié se laisse peu à peu entraîner sur un terrain où il ne s’aventure plus depuis longtemps. Plaisanter sur des sujets égrillards ne fait plus partie de ses habitudes, en particulier au travail.

Christopher ne peut s’empêcher de pouffer quand l’Irlandaise répond à ses questions masquées avec le même aplomb teinté d’insolence.
Aucune moquerie ne transparait dans la réaction spontanée du lieutenant, juste un franc amusement face à cette débauche d’assurance farouche.

— Les faits, mademoiselle Walsh, les faits… Dans la méthode scientifique que vous maîtrisez mieux que moi, l’observation est seulement la première étape de l’OHERIC, n’est-ce pas ? Et d’aucuns commenteraient que vous êtes blonde. (Les yeux du policier s’attardent sur la magnifique cascade dorée qui jaillit de son crâne.) J’ai néanmoins formulé une hypothèse sur les lignes avantageuses de… votre CV, il me tarde à présent de passer à la phase expérimentale.

La scientifique répond du tac au tac qu’il va pouvoir juger par lui-même, « en action ». Son CV, comme elle a l’intelligence de préciser. À force de paroles ambivalentes, on ne sait plus trop sur quel pied danser.
Christopher ne demande rien d’autre qu’une démonstration. S’il lui ouvre la port… s’il a voulu lui ouvrir la portière de sa voiture par galanterie, précédée dans son geste par l’élan de cette personne énergique, c’est en premier lieu pour son enquête.
Qui en douterait ?

Le véhicule bleu métallisé est à l’image de son propriétaire : une ligne classique, des contours élégants ; une carrosserie robuste qui dissimule une motorisation puissante ; un habitacle propre et fonctionnel, sans fioritures. Un œil averti remarquera l’usure du siège conducteur, en contraste avec l’état presque neuf des autres places assises.
Seule lacune dans cette voiture à l’état exemplaire : une odeur âcre de sang et de sueur, à peine perceptible, qui imprègne le tissu des housses.

Alors que le lieutenant allume l’ordinateur de bord, la criminologue le prend à nouveau de cours en demandant à parcourir tout l’itinéraire de la poursuite.
Christopher tourne la tête en direction de sa passagère, clignant rapidement des yeux. En dix ans de métier à Europolis, aucun membre de la PTS ne lui a jamais formulé ce genre de requête. Il n’en voit d’ailleurs pas l’intérêt.
Avant qu’il songe à demander des explications, la polissonne laisse négligemment glisser la ceinture de sécurité et quémande son assistance virile.

Je rêve, ou cette femme me fait vraiment de l’œil ?
Jusqu’à présent, Christopher prenait toutes les paroles d’Eva à la rigolade sans songer une seconde au moindre contact physique.
Soit Walsh appartient à une catégorie spéciale de nymphomanes, soit la scientifique a inhalé un cocktail chimique (accidentellement ou volontairement) qui stimule son appétit, soit cette femme qu’il vient tout juste de rencontrer a le béguin pour lui et se montre entreprenante (une attitude conforme à l’impétuosité irlandaise).

Après un moment d’hésitation, Christopher se penche vers la jeune femme, avance le bras et… tourne le régulateur de ventilation d’un cran vers la gauche – léger apport d’air frais.

— Vous êtes une personne intelligente, dit-il avec une bouche provocatrice. Je suis sûr que vous viendrez à bout de ce problème. La dernière personne à s’assoir ici était un gamin de dix ans, et il a réussi à boucler sa ceinture du premier coup.

Un mensonge. Un tout petit mensonge. Pour une bonne cause (la sienne). Pas de quoi risquer la damnation éternelle.
Pour la première fois depuis le début de leur rencontre (il n’a pas vu le temps passer), Christopher se sent mal à l’aise. Le traumatisme de Lauren et un cortège de peurs profondément ancrées ressurgissent avec la puissance d’un tsunami. Il doit maintenir Walsh à distance (pas facile, dans l’intimité de sa voiture) et se contrôler pour éviter un raz-de-marée dévastateur.

— Cramponnez-vous, lance-t-il en guise d’avertissement.

Le lieutenant démarre en trombe, manœuvre avec dextérité dans le parking souterrain qu’il connaît par cœur. Dès le premier virage qui laisse les hauts bâtiments de l’EPD hors de leur champ de vision, Christopher ouvre un petit comportement situé entre les sièges avant, en extrait un gyrophare qu’il place sans arrêter de conduite sur le toit du véhicule.
L’ordinateur de bord affiche aussitôt la charge de l’appareil (100 %), le niveau de fixation magnétique (réglé au maximum) et les options disponibles. Le lieutenant presse la commande ROTATIVE LIGHTS puis POLICE SIREN en ajustant le volume à un quart. Assez pour alerter les véhicules alentour tout en permettant aux passagers de s’entendre sans besoin de crier.

— J’étais dans un véhicule de patrouille, mais ça fera plus réaliste, justifie-t-il. Et si on reste au milieu de la circulation, nous allons y passer la nuit.

Joignant l’acte à la parole, le policier sort de la file principale et bascule dans le couloir réservé aux véhicules d’urgence – ambulances, pompiers, forces de l’ordre.
Naturellement, il n’a aucun droit d’emprunter cette voie strictement réglementée pour emmener une collègue sur une scène de crime. Surtout à titre officieux.
Mais quelque chose lui dit que la scientifique ne s’en formalisera pas, bien au contraire.

— Je nous emmène aux docks de Coal District, c’est dans un entrepôt de matériel high-tech que le cambriolage a eu lieu. Le central m’a contacté peu après le déclenchement de l’alarme. La suspecte a mis le feu à une poubelle en espérant créer une diversion, mais j’ai préféré faire appel aux pompiers et prendre la motarde en chasse. Aucune vie n’était menacée.

_________________
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