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 Les bijoux du destin
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MessageSujet: Les bijoux du destin   Ven 11 Mai - 13:35

Les bijoux du destin


Salvatore (mafioso)Barabas ϟ KismetFranziska ϟ Sedna


Fin janvier 2050, bijouterie-joaillerie « Aux 1001 merveilles »

Alors que la plupart des hommes de son âge désirent quitter le climat froid et humide d’Europolis pour jouir d’une retraite au soleil, Salvatore Ferilli a fait le trajet contraire. Douze ans plus tôt, le  bijoutier-joaillier quittait sa Sicile natale, sa belle île aux étés chauds et aux hivers doux pour la Capitale européenne. Sa famille appartient à Cosa Nostra depuis plusieurs générations et son ancienne boutique de Palerme — l’accomplissement de maintes années d’effort — est à présent sous la responsabilité de son petit-fils.

À soixante-huit ans, Salvatore Ferilli est néanmoins un homme heureux de vivre. La raison de sa bonne santé et de son enthousiasme débordant tient en un mot : la passion.
Dès la première année à Europolis, plus de merveilles sont passées sous ses yeux admiratifs que durant plusieurs décennies à Palerme.
Pourtant, les touristes de passage en Sicile fournissent une manne hétéroclite de bijoux et autres objets de valeur. Des trésors que les mafiosi s’emploient à dérober par paniers entiers comme une dîme, justifiée par la protection que Cosa Nostra apporte face aux bandits dénués de principes.
La riche Capitale européenne et ses douze millions d’habitants, quant à elle, brassent des camions remplis à ras bord d’objets volés. Bagues de mariage, médailles militaires, colliers pour enfants, bracelets d’amitié, boucles d’oreilles serties de pierre précieuse, montres de luxe de toutes origines, Europolis est un eldorado pour les férus de joaillerie.

Les coudes posés sur le comptoir, une loupe à œil fixée sur la tête, Salvatore admire le fruit de son travail tenu entre le pouce et l’index. Une médaille de baptême en « or bijoutier » (18 carats) qu’il cisèle depuis deux semaines pour un sotto-capo attendant son premier petit-fils. La gravure aux contours précis représente un ange aux traits juvéniles, dont les petites mains jointes en prière portent une moire de soie aux larges manches. Les Siciliens de sa génération éprouvent encore une foi catholique sincère, mais Salvatore soupçonne la plupart des jeunes mafiosi, surtout les sang-mêlés d’origine urbaine, de feindre leurs convictions religieuses et se détourner des traditions séculaires. Heureusement, les Leonetti donnent un meilleur exemple que le Don précédent.

La clochette de l’entrée retentit, rompant le calme quasi religieux qui règne dans la boutique. Un parfum d’agrumes s’échappe à travers l’ouverture de la porte, égayant pour quelques secondes la rue commerçante de Blue Island avant de se diluer dans les myriades d’odeurs qui se mélangent entre les hauts bâtiments de la mégalopole. Les senteurs d’orange rappellent au bijoutier son enfance en Sicile, passée dans une ville moyenne ceinte de vastes orangeraies. Chaque été, il se délectait de leurs fruits gorgés d’eau et de soleil, de leur peau épaisse qui aromatisait les pâtisseries succulentes de la mama.
Salvatore se plaît à Europolis, mais au crépuscule de sa vie la nostalgie le pousse à rechercher les délices de son île natale.

Les oreilles encore aiguisées du vieil homme perçoivent le bruit de pas légers qui avancent dans sa direction. Une démarche emplie de grâce qui détonne avec les claquements saccadés d’éclaireurs en manque, ou les bruits de semelle hésitants des clients ordinaires. Un demi-siècle de pratique lui permet de reconnaître le pas agile d’un cambrioleur, ou plutôt d’une cambrioleuse à en juger par sa corpulence.

L’artiste ne détourne pas immédiatement le regard de son œuvre. Il n’a aucune raison de se hâter. Les affaires marchent bien et il ne craint guère les voleurs. Aucun braquage en douze ans d’activité, malgré quelques tentatives sévèrement réprimandées. La bijouterie-joaillerie « Aux 1001 merveilles » bénéficie de la protection permanente de deux soldati, l’un au fond du magasin, à l’abri d’éventuels tirs sur la façade, l’autre devant la porte menant à l’arrière-boutique. La présence de ces vigiles à la tenue impeccable et aux pistolets bien chargés suffit à dissuader les ignorants ou les idiots qui oseraient s’en prendre à une succursale de Cosa Nostra. Seuls les drogués trop atteints pour réaliser leur funeste erreur franchissent le seuil de la boutique arme à la main ; à moins qu’ils cherchent par ce biais un épilogue sanglant à leur vie de manque entrecoupée de brefs instants de plénitude.

Salvatore détache enfin la loupe à œil qui lui donne l’air d’un chirurgien en métal précieux, puis range la magnifique médaille dans un petit tiroir à usage privé.

— Mademoiselle Theyssa ! se réjouit-il en reconnaissant le visage familier de l’arrivante.

Le maître des lieux contourne le comptoir pour accueillir une de ses « clientes spéciales » favorites, celles qui viennent pour vendre et non pour acheter.
La posture est droite, la démarche encore assurée pour un homme de son âge. Il porte un élégant costume noir taillé sur mesure par un maître italien, agrémenté d’une coquette écharpe blanche sur les épaules.

Theyssa (les clients spéciaux se présentent sous l’identité de leur choix, l’anonymat et la discrétion faisant partie des règles tacites aux 1001 merveilles) n’est pas la fournisseuse qui lui apporte les plus belles pièces, ni les plus onéreuses. Mais dans ce monde moderne au manque de goût évident, elle fait partie de celles qui ont l’amour des belles choses bien que ses penchants  semblent privilégier les créations d’inspiration ancienne.
Comme tout Italien de sa profession, Salvatore se passionne également pour les merveilles de l’Antiquité et nourrit une immense fierté pour la prodigieuse Rome impériale. Mais contrairement à Theyssa, l’intérêt du bijoutier pour la renaissance et les œuvres chrétiennes est encore plus vif.

Qu’à cela ne tienne, Theyssa a pour elle un port noble, quasi altier, que Salvatore ne connaît chez aucune autre personne de moyenne condition. Des acheteurs issus d’une élite aristocratique ont déjà franchi le seuil de sa boutique, mais leurs manières élégantes avaient le plus souvent un caractère artificiel. Malgré son œil expert et sa longue expérience, le vieil homme n’arrive pas à mettre un nom sur la différence de Theyssa. Même son accent ne ressemble à aucun autre, bien qu’elle parle l’anglais européen à la perfection.

— Vous venez estimer un bien ? dit-il en joignant les mains comme pour mimer une transaction.

Le mafieux fixe sa cliente avec le regard du vieux loup qui maîtrise tous les rouages de sa profession. Ou plutôt de ses professions. Car derrière son métier officiel de bijoutier-joaillier, Salvatore Ferilli est un des receleurs les plus fiables d’Europolis.
On ne vient pas à lui pour troquer de vulgaires bibelots, mais pour échanger des objets de valeur contre des liasses de billets.

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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Sam 12 Mai - 22:33

D’un pas alerte je me dirige vers ma destination, la bijouterie-joaillerie « Aux 1001 merveilles ». J’ai quitté mon appartement en milieu de matinée, effectuant la première partie du trajet en bus et terminant à pied. Bien que le réseau de transports en commun soit bien développé, je garde une préférence pour la marche et je la pratique dès que cela est possible. Dans cette optique et compte-tenu de la météo, j’ai chaussé des chaussures basses et revêtu un pantalon, un pull léger ainsi qu’une veste. D’un geste distrait, je repousse une mèche de cheveux qui tombe sur mes yeux. Depuis mon départ de Thermodon, je me suis coupée les cheveux pour modifier mon apparence mais cela ne facilite pas leur attache et me gêne parfois. Néanmoins je m’en accommode.  Alors que j’aperçois la devanture de la boutique, ma main droite se pose sur mon sac à bandoulière qui contient les objets que je viens soumettre à l’expertise du vieil italien, comme pour vérifier qu’ils sont toujours présents.

Lorsque je pousse la porte, la clochette tinte et me donne l’impression de briser le silence qui emplit la pièce tandis que les bruits de la rue me suivent à l’intérieur. Mon regard balaye les lieux sans s’attarder sur les bijoux exposés. J’avance vers le propriétaire installé à son comptoir. A chaque fois que je viens, je trouve une atmosphère singulière à cette bijouterie, différant des autres. Est-ce à cause du commerce qui s’y tient ? Possible… Quoiqu’il en soit, cela n’influence pas mes venues. Je remarque que Salvatore travaille sur une médaille, mais je n’ai guère l’occasion d’en voir plus avant qu’il ne la range dans un tiroir. Un sourire étire mes lèvres quand il se lève pour me saluer. Ne voulant pas entacher l’identité de Franziska Müller, j’ai fourni au bijoutier un nom différent.

- Signore Salvatore ! J’incline légèrement la tête en guise de salut. Le vieil homme est toujours impeccable sur lui et, bien qu’il soit du sexe opposé, j’ai choisi de lui accorder une marque de respect puisqu’il contribue à écouler les fruits de mes vols et à remplir mon porte-monnaie. Exactement, je réponds en soutenant le regard de l’italien.  

Généralement, mes visites sont motivées par la revente d’objets, très peu par l’achat. Saisissant mon sac, je l’ouvre et en sors trois pochettes en velours noirs. La première contient un bracelet d’émail noir serti de perles, la seconde une bague avec camée et la troisième une broche style 1900 sertie de diamant et rubis. J’ai dérobé ces bijoux quelques jours auparavant, chacun correspondant à un cambriolage. Comme à mon habitude,  n‘ayant pas trouvé ce que je cherchais, j’ai volé des objets facile à transporter et dont la disparition ne serait pas remarquer de suite. M’assurant que rien n’est visible depuis la rue, j’expose ces trois bijoux à l’œil aiguisé de Salvatore attendant son avis. Je parle peu, répondant seulement aux questions qui peuvent m’être posées. Mon principal intérêt reste le montant que me proposera mon interlocuteur. Mains posées sur le comptoir, je patiente.
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Dim 13 Mai - 10:52

Le regard expert de Salvatore se pose sur les trois objets que Theyssa lui présente avec la délectation d’un œnologue contemplant la robe d’un grand cru. Trois pièces prometteuses, mais qu’il se garde encore de toucher.
Malgré la discrétion dont fait preuve Theyssa, le mafioso suit un ensemble de précautions strictes afin d’éviter tout ennui avec la justice.

Certes, la myriade d’objets illicites auxquels le nom de la boutique fait aussi référence ne pose aucun problème à la police locale, grassement payée pour fermer les yeux sur les activités clandestines du respectable établissement. Pourquoi risquer sa vie pour un salaire de misère quand l’ignorance paie les études des enfants ? Cet arrangement de longue durée profite à tout le monde. Sauf, bien évidemment, aux victimes privées de leurs biens les plus précieux, parfois dotés d’une valeur sentimentale impossible à chiffrer.
La mafia doit néanmoins faire preuve d’une certaine courtoisie dans la tenue de son commerce. Moyenner l’intégrité d’un flic est une chose, insulter ouvertement les forces de l’ordre en exposant ses activités criminelles au grand jour en est une autre. Comme on dit dans le milieu, « il ne faut pas narguer un chien domestiqué en agitant un os sous son museau ».

C’est pourquoi aucune transaction illégale n’a lieu dans la partie publique des 1001 merveilles. Les clients ordinaires peuvent y acheter les créations d’honnêtes joailliers, fabriquées à partir de matières premières aux origines diverses. Notamment une part non négligeable d’objets recyclés. Métaux refondus, rubis retaillés, surfaces grossières finement retravaillées, les artisans appliquaient déjà le principe de Lavoisier bien avant la naissance de l’illustre chimiste : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». C’est ainsi qu’un bracelet en or massif et un saphir incrusté dans un médaillon, sous les doigts experts d’un bijoutier-joaillier muni de l’équipement adéquat, peuvent se combiner en une chaîne aux fins maillons accompagnée d’une paire de boucles d’oreille serties de belles pierres bleues.

— Vous êtes une femme de goût, mademoiselle Theyssa. Si nous passions à l’arrière pour examiner ces merveilles de plus près ?

D’un geste de la main, Salvatore invite son habile cliente à rejoindre l’arrière-boutique. Planté devant la porte, un garde aux cheveux foncés coiffés en arrière stoppe Franziska d’un geste de la main, puis procède à la fouille habituelle à l’aide d’un détecteur électronique. Bâti dans le même moule que les milliers d’autres mafiosi italiens, il scanne l’ensemble du corps de manière non intrusive, avec la rapidité et l’efficacité de gestes répétées quotidiennement.
Cette ultime précaution vise à démasquer d’éventuels agents infiltrés, puisque le réseau tentaculaire de la piovra ne s’étend pas à chaque organe du gouvernement. Une équipe de policiers zélés, voire de justiciers depuis Vampyr a ouvert la voie, pourraient vouloir recueillir des preuves à l’aide de minicaméras ou de micros. Même l’argent de la corruption peut difficilement effacer des preuves accablantes.

Une fois l’inspection terminée, le garde hoche la tête en signe d’assentiment puis range son appareil. Si des pensées libidineuses lui ont traversé l’esprit, l’homme n’en a rien montré. Les soldati affectés à ce genre de poste comptent parmi les plus disciplinés de Cosa Nostra. Aucun écart de conduite n’est toléré, surtout dans une boutique prestigieuse comme les 1001 merveilles.
L’homme ouvre lui-même la lourde porte et s’écarte pour libérer le passage.

Courtois, Salvatore invite Franziska à le précéder.

Deux hommes se trouvent à l’intérieur de l’immense salle bondée d’innombrables étagères et tiroirs. D’une surface deux fois plus étendue que la partie publique, cette zone clandestine abrite vingt fois plus d’objets. Des bijoux sont évidemment présents, mais on trouve aussi pléthore d’objets hétéroclites possédant une valeur marchande : téléphones haut de gamme, gadgets technologiques, pièces de monnaie, orfèvrerie de luxe, petites sculptures en métal précieux et même quelques tableaux.

À peine entré, Salvatore claque des doigts en direction de son assistant, plus jeune d’une génération :

— Vincenzo, s’il te plaît, va donc en boutique pendant que je m’occupe de mademoiselle Franziska. Tu reviendras aider notre invité quand nous aurons fini.

Sa voix posée n’en reste pas moins autoritaire. Le vieux mafieux a d’excellentes manières, mais ce sont celles d’un homme de pouvoir.
Ignorant l’autre homme présent dans la salle, il s’élance vers son bureau situé au fond de la salle. Un autre Italien se trouve à proximité, chargé à la fois du rangement et de la surveillance des lieux.

— Bien, examinons les jolies pièces que vous m’apportez aujourd’hui, dit-il une fois derrière son bureau.

Salvatore s’empare les bijoux que lui confie Theyssa, puis se met à les étudier avec divers instruments.
Le mystérieux invité les rejoint.
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Dim 13 Mai - 10:55

Barabas est venu aux 1001 merveilles dans l’espoir de retrouver la bague disparue de Luca Marone. Ironie du sort, Luca Marone attend son premier enfant et n’est autre que le fils du sotto-capo à qui est destinée la médaille de baptême sur laquelle travaille Salvatore Ferilli.
Vincenzo, l’assistant du bijoutier-joaillier, l’aide à identifier le précieux objet parmi les centaines d’anneaux acquis durant les deux dernières semaines. Car, bien évidemment, ladite bague ne s’est pas évanouie toute seule. Comme on l’avait soufflé à Barabas, quelqu’un a dû l’aider à disparaître. Et ce quelqu’un (qui n’a de toute évidence pas froid aux yeux) s’est probablement adressé au meilleur receleur en objets précieux pour tirer profit de son butin.

Au sein de Cosa Nostra, accuser le fils d’un sous-chef de s’être fait dépouiller comme un amateur serait inconvenant. C’est pourquoi on a simplement confié à Barabas une illustration du bijou avec pour mission de le récupérer.
Un établissement moderne aurait tôt fait de vérifier la présence de cette bague dans leur stock grâce à une base de données informatique. Mais la mafia sicilienne fonctionnait encore selon des principes séculaires, parmi lesquelles l’absence de documents sur les transactions illicites. Ce principe de précaution assurait une protection efficace en cas d’enquête policière, mais compliquait aussi la gestion des affaires. Ou la recherche d’un objet spécifique parmi les innombrables possessions d’un receleur.

Barabas en est à son troisième tiroir quand s’ouvre la porte de l’arrière-boutique où il s’échine à trouver l’aiguille dans la botte de foin. Sa tête pivote machinalement vers le bruit, mais ses pupilles se dilatent en apercevant la femme qui se tient dans l’encadrement de la porte.
Formé et habitué à mémoriser les visages et les noms après vingt-cinq ans dans les renseignements, il est presque certain d’avoir aperçu ce visage quelque part. Ou un visage approchant.
Le visage de l’espion reste impassible, il salue poliment la nouvelle venue d’un geste de la tête avant de détourner le regard.

Mademoiselle Theyssa, l’appelle Salvatore.
Le nom n’évoque rien au Chypriorite, sinon les sonorités grecques de sa culture natale.

D’où lui vient cette réminiscence ?
Barabas a le sens du détail. Il sait que si l’identité de cette femme lui échappe, l’inverse n’est peut-être pas vrai. Pour un agent des services secrets, pareille dichotomie est inacceptable, risquée, potentiellement mortelle.
Il abandonne son travail et gagne le bureau de Salvatore à pas feutrés, se plaçant à côté du visage oublié.

— Bonjour, dit-il d’une voix calme. Votre visage m’est familier, on ne se serait pas déjà croisés quelque part ?

Les yeux noir corbeau de Kismet scrutent la réaction de Theyssa avec la même expertise que le bijoutier-joaillier pour ses objets de luxe.

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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Lun 21 Mai - 11:36

Salvatore observe les bijoux que je lui présente sans les toucher, puis m’invite à le suivre dans l’arrière-boutique. Il se montre toujours prudent lorsqu’il est question de son activité parallèle et je le comprends.

- Avec plaisir, je réponds avec un petit sourire.

Je sais que les trois pièces que j’amène ont une certaine valeur, pour autant celle-ci peut fluctuer en fonction de mes interlocuteurs. Par ailleurs, je me doute ne pas être celle qui présente les objets les plus coûteux, mais je préfère voler des biens facilement transportables lorsque ma visite ne me conduit pas à une œuvre de mon peuple. Avant d’entrer dans l’arrière-boutique, je me plie à l’examen du garde, lui adressant un regard de mise en garde pour lui ôter toute idée dépassant le cadre de son travail. Je précède Salvatore avec un petit hochement de tête suite à son invitation.

Mon regard parcourt la pièce, repérant deux hommes affairés et répondant distraitement à leur salutation. L’italien possède une collection d’objets assez vaste et je ne peux m’empêcher de regarder s’il n’y en aurait pas qui m’intéresserait. Il est tout à fait possible que le bijoutier entre en possession d’un objet que je recherche et, dans ce cas, il faudra que je négocie. Mais pour l’instant, cette possibilité ne s’est pas encore présentée. Vincenzo est envoyé dans la boutique par son employeur et je suis ce dernier jusqu’à son bureau. Tandis qu’il examine les bijoux, je perçois la présence de l’autre visiteur à proximité et porte mon attention sur lui. Je reconnais la démarche d’une personne habituée aux combats et à la discrétion. Mes années d’entrainement me sont bien utiles dans ce monde.

- Bonjour. Je me demande la raison de son approche et cille lorsqu’il prétend me connaitre. Je fronce les sourcils, pensive, et scrute son visage. Un homme croisé dans une soirée ou sur le chemin des « 1001 Merveilles » ? Cette ville est tellement grande que nous nous sommes peut-être simplement croisés dans la rue, ou lors d’une soirée. J’énonce mes hypothèses d’une voix calme et interrogative tout en continuant à réfléchir.  Il n’a pas tort, j’ai cette sensation de déjà-vu. Au cours de mon périple entre Thermodon et Europolis ?   Lors de mes deux  excursions pour trouver un compagnon ? J’ai un peu voyagé en Europe, peut-être que vous aussi, mais ce serait vraiment une sacré coïncidence si nos chemins se sont croisés à cette période-là.

Puis me vient une dernière possibilité et un frisson désagréable parcourt mon dos. Après le Deucalion, je suis restée quelques temps sur mon île dans l’espoir de retrouver nos reliques et des survivantes parmi celles restées dans les quatre tribus. Je devais faire preuve de prudence et de discrétion avec l’arrivée des groupes d’hommes, attirés par la découverte. Faisait-il partie des envahisseurs ? Je n’en suis pas certaine, doutant d’avoir vu tout ceux ayant pris pied sur Thermodon. Mes poings se ferment à cette idée et mon regard s’assombrit, mais je dois me ressaisir rapidement pour ne pas me trahir. Mon attention glisse vers Salvatore, comme pour vérifier l’avancée de son examen, cela me permet de me reprendre et de revenir sur cet inconnu.  

- Je ne vois pas d’autres possibilités. Je mens avec aplomb, je dois me protéger et l’idée de le supprimer me traverse l’esprit. Peut-être que notre nom éveillera un souvenir ? Je tente d’en apprendre plus sur lui, sans forcément en dévoiler trop sur moi et j’entreprends de me remémorer mes derniers instants sur Thermodon pour m’assurer qu’il n’était pas là-bas.[/color]
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Jeu 24 Mai - 6:34

Salvatore griffonne quelques notes sur un bout papier tout en examinant le splendide bracelet d’émail de sa cliente. L’expert travaille avec calme et lenteur : c’est un homme minutieux pour qui la découverte d’un bijou est une aventure passionnante. L’éclat particulier de la matière, l’homogénéité de teinte des perles serties, le détail des motifs sculptés, toutes ces caractéristiques forment une pièce unique dont il veut déterminer la juste valeur.
On ne fait pas de mauvaises affaires aux 1001 merveilles. Ni de très bonnes, d’ailleurs. Le vieux loup ne se laisse jamais tromper ou abuser.
Salvatore est un pur produit de Cosa Nostra : un mafieux, un criminel, mais un bijoutier-joaillier honnête dans son travail, scrupuleux dans son respect du code d’honneur sicilien et ses règles incompréhensibles aux profanes. Le receleur de Blue Island éprouve un profond mépris pour ses congénères qui attribuent aux objets volés une valeur approximative, au terme d’un bref examen qui donne l’illusion de maîtriser un savoir ancestral, une expertise inaccessible au commun des mortels. Il les compare aux alcooliques qui boivent à même la bouteille, là où un œnologue verse avec délectation, agite le verre de cristal par le pied, hume, observe la robe du nectar à la lumière du jour, goûte, recrache, note, renouvèle l’expérience autant de fois que nécessaire. Pour un passionné comme Salvatore, l’analyse d’un bijou n’est guère différente : c’est une expérience sensorielle, intellectuelle, spirituelle.

Une expérience qui prend un goût amer lorsque Barabas approche du bureau pour aborder sa cliente.
Les yeux de Salvatore se réduisent à l’état de fentes, mais ce n’est guère pour concentrer sa vision sur le précieux bijou exposé à la lentille grossissante d’une loupe.

Cet homme lui donne la chair du poule, comme si une aura froide et funeste émanait de sa personne.

Le propriétaire des lieux ne connait pourtant guère ce mafioso fraîchement intégré dans leurs rangs. Mais il a tout de suite remarqué les billes noires qui garnissent les orbites de ce visage faussement aimable. Plus sombres encore que l’émail constituant le bracelet apporté par Theyssa. En tant que fervent catholique imprégné de romantisme latin, Salvatore adhère à la croyance selon laquelle les yeux sont le reflet de l’âme.
Chez Barabas, le reflet d’un puits d’obscurité qui s’étend jusqu’aux profondeurs de l’enfer. L’âme d’un damné.

Le bijoutier passe à l’objet suivant, une bague avec camée qu’il devine le moins luxueux des trois.
Intérieurement, il prie pour ne pas voir la cervelle de Theyssa se répandre sur son mobilier. Salvatore sait très bien que si les réponses de sa cliente ne plaisent pas au tueur, celui-ci n’hésitera pas à sortir un pistolet et l’abattre à bout portant. Le sang tacherait son magnifique bureau en bois exotique de façon indélébile et il serait contraint d’en changer.
Certes, le vieux mafieux apprécie Theyssa pour sa courtoisie et son bon goût, mais la cambrioleuse n’appartient pas à la familia. Son assassinat par un membre de Cosa Nostra lui causerait le même effet qu’un amoncellement d’épais nuages gris lors d’une belle journée d’été, et dont le souvenir s’évanouirait dans le ciel azur du lendemain.

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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Jeu 24 Mai - 6:36

Barabas n’a cure des préoccupations du bijoutier-joaillier. Salvatore n’est qu’un élément du décor, un pion sur l’échiquier, un pantin que la Dona dirige selon son bon vouloir, avec juste assez de mou sur les fils de sa servitude pour lui donner un sentiment de liberté.

Toute l’attention de l’espion se porte ainsi sur la femme qu’il vient d’aborder.
Son approche volontairement directe, provocante, visait à provoquer une réaction spontanée, à capter une émotion sincère dans les yeux de son interlocutrice.

Elle ne le reconnait pas.

Barabas en est sûr et certain. Les pupilles ne se sont guère dilatées, le souffle ne s’est pas bloqué, le corps ne s’est pas figé dans un mutisme coupable.
Toutefois, il a le sentiment d’apercevoir chez elle le reflet de sa propre perplexité. Oui, leurs chemins se sont déjà croisés quelque part. L’esprit de Barabas est suffisamment entraîné pour faire la distinction entre un souvenir authentique et le fruit d’une imagination débridée.
Il doit maintenant creuser, explorer les méandres du passé afin d’établir le contexte.

La voix de son interlocutrice ne lui rappelle rien. Aussi individuelle qu’un visage, cette empreinte auditive aurait pourtant dû lui évoquer un souvenir.
Barabas balaie du revers de la main la première suggestion de Theyssa.

— Non, affirme-t-il de façon catégorique. Si vous aviez attiré mon attention à Europolis, je me souviendrais de votre visage. Dans le cas contraire, je ne vous aurais pas adressé un regard.

Barabas habite la capitale depuis moins de quatre ans. Trop peu pour oublier un visage lié de près ou de loin à une mission ou un service. Hors de ce contexte, ses congénères — masculins comme féminins — ne l’intéressent pas. Ce sont de banales fourmis ouvrières dans une ville tentaculaire à l’activité grouillante, du bruit qui s’ajoute à la cacophonie d’un vaste enclos où les prédateurs comme lui évoluent en seigneurs de la chasse.

La seconde théorie de Theyssa réveille au contraire l’instinct de Barabas, tel l’écho d’un sonar entré en résonnance avec l’objet enfoui de sa recherche.
Un sourire se dessine sur les lèvres de l’espion.

— J’ai longtemps sillonné l’Europe du Sud et de l’Est, pourtant mon oreille ne reconnait pas votre accent. De quelle région venez-vous ? Nous nous sommes peut-être croisés aux abords de la Méditerranée, et les eaux de Léthé auront noyé nos souvenirs dans l’oubli.

Déplacé de pays en pays depuis sa naissance, lui-même n’a jamais eu le temps d’adopter un accent spécifique. Les cultures grecque et turque forment néanmoins les piliers de son éducation ; il en maîtrisait d’ailleurs les langues bien avant d’apprendre l’anglais.

— Je pourrais me présenter sous le nom de John avec la même crédibilité que celui de Theyssa. Mais échanger des identités factices ne nous avancera à rien, n’est-ce pas ? Une femme de votre profession (Barbaras désigne les bijoux volés du menton.) est suffisamment intelligente pour mesurer la valeur du temps et saisir où se trouve le véritable danger.

Barabas laisse planer un silence après cette dernière remarque ambiguë, une affirmation que Theyssa pourrait interpréter de bien des manières. Bien que le mafieux s’exprime avec l’assurance tranquille du chasseur inlassable, assuré d’atteindre sa proie à force de ruse et de détermination, son visage inexpressif ne manifeste aucune hostilité.

Il penche la tête sur le côté, comme si étudier les traits de son interlocutrice sous un angle différent pouvait l’exposer à de nouvelles souvenances.
Appliquant une méthode de réminiscence associative par l’émotion, Barabas s’efforce de garder l’esprit vierge de pensées construites, attentif à ses propres réactions devant cette inconnue qui n’en est pas tout à fait une. Un éclair de surprise zèbre sa conscience, l’impression d’un étonnement fugace remonte de sa mémoire.

— Je suis persuadé que nos chemins se sont déjà croisés, de façon brève et marquante, ajoute-t-il en claquant des doigts. Tout comme je suis certain de n’avoir aucun grief à votre égard, si cela peut vous rassurer.

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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Dim 17 Juin - 22:57

Le bijoutier se fait discret durant mon échange avec l’inconnu pourtant je ne doute pas qu’il ne manque pas un mot de notre conversation. Il se concentre sur les bijoux et c’est ce que j’apprécie chez cet homme, la minutie et le professionnalisme dont il fait preuve. Je n’ai pas l’impression de perdre mon temps ou d’être lésée dans nos transactions. Mais pour l’instant, je reporte mon attention sur celui qui prétend m’avoir déjà croisé. Il affirme que ce n’est pas à Europolis que nos routes se sont croisées puis il mentionne la Méditerranée ce qui me met sur la défensive surtout lorsqu’il me demande de quelle région je viens.

- J’ai vécu un temps en Grèce avant de voyager dans plusieurs pays. Je reste vague tout en étant étonnée qu’il mentionne Léthé. S’il a grandi dans le bassin méditerranéen, cela peut expliquer ses références mais cela sous-entend qu’il connait la légende des Amazones. Et cela ne joue pas en ma faveur. Cela peut expliquer que vous ne reconnaissez pas mon accent. Mais je ne vois pas en quelles circonstances nous nous serions rencontrés. Dans l’hypothèse où quelqu’un me questionnerait sur ma région natale, j’ai en tête plusieurs noms d’îles hellènes qui me permettent d’étayer mon histoire.

D’ailleurs quand je m’enquiers de son nom, il me répond de manière détourner, mais faisant comprendre qu’il ne se laisse pas abuser par mon identité d’emprunt.

- Je vois que vous n’êtes pas du genre à vous laisser abuser…

Par contre, mon regard s’étrécit suite à sa menace voilée. Je ne sais dans quelle mesure je dois m’inquiéter car il me manifeste aucun signe d’agressivité, mais j’en viens à sonder de nouveau son regard. Un regard sombre et dénué d’expression, un regard qui marque les esprits. Je me revois à Thermodon parmi les vestiges de nos tribus, à surveiller ces hommes envahissant notre territoire. J’ai l’impression d’être projeté dans mes souvenirs, de sentir l’odeur de mon foyer, d’entendre les voix…  Des ordres lancés par ces groupes qui inspectent chaque parcelle. Regard et voix forment une sorte de signature en complément du physique, un mélange qui finit par faire son chemin dans ma mémoire et je manque une inspiration. Je me rappelle avoir failli être repérée et n’avoir échappée à leur recherche qu’à force de dissimulation dans cet environnement qui fut le mien.
Son claquement de doigt me ramène à l’instant présent alors que l’impression de l’avoir aperçu à Thermodon commence à prendre corps. Je dois rester calme pour ne pas éveiller ses soupçons mais je ne peux m’empêcher de pincer brièvement les lèvres.

- Auriez-vous voyagé dans des îles grecques ? J’essaye d’en apprendre un peu plus sans me dévoiler. Une rencontre marquante ?  Pourtant je ne suis pas du genre à marquer les esprits. Je cherche à minimiser mon importance. Je ris légèrement suite à sa dernière remarque, nerveusement. Me voilà rassurée, je doute qu’il soit bon pour sa santé d’être votre ennemi.

Au fil de la discussion, l’envie de quitter les lieux ne fait qu’augmenter. Mais j’ai l’impression que cet homme n’en a pas fini avec moi.
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Lun 18 Juin - 22:10

Les ramifications innombrables de sa mémoire empruntent un chemin mieux défini. Chaque seconde qui passe, chaque mot qui sort de la bouche méfiante de Theyssa le rapproche du souvenir convoité.
La Grèce ? Barabas y a vécu plus d’années que nul autre territoire. Il peut affirmer que cette femme ne possède ni l’allure ni les manières de ses habitantes. Pas celles de l’ère contemporaine, du moins. Lointaine est l’époque où les femmes lacédémoniennes fréquentaient les gymnases, pratiquaient la lutte et bondissaient sur le sable brûlant des pistes.

Un rictus énigmatique anime le visage de l’espion lorsque la voleuse réagit à sa subtile mise en garde. Déstabiliser sa proie, la presser de l’intérieur afin d’en extraire la sève est un travail qu’il accomplit avec brio depuis plus de vingt ans.
Son interrogatoire débute à peine qu’il voit déjà la femme réagir, rompre la continuité de son souffle pour s’abandonner à une réminiscence. Les prunelles de Theyssa perdent contact avec la réalité pour contempler, sans aucun doute, une scène appartenant à un passé encore vivace.
Aucune rougeur embarrassée sur ses blanches joues : il ne s’agissait guère d’une rencontre festive ou libertine. Les muscles délicats de son visage restent figés en l’absence de gaîté : la scène n’est point heureuse. En revanche, ses lèvres fines se compriment plus que nécessaire afin d’empêcher une souffrance encore vive de jaillir de sa bouche.

Elle se rappelle.
Dès lors, ce n’est qu’une question de minutes, de secondes peut-être avant que Barabas ne s’empare à son tour de ce souvenir. Le cœur de la voleuse s’accélère, tel un papillon agile dont les grandes ailes battent l’air avec fracas. L’espion attend patiemment, l’œil vif, prêt à abattre son filet.

Les îles grecques ? Ces étoiles tombées du ciel dans la mer de toutes les légendes, le Chypriote les a toutes foulées, du plus petit caillou aux berceaux d’opulentes civilisations qui émerveillent encore archéologues et historiens.
Voyages d’enfance auprès d’une mère diplomate, expéditions de gamins aventureux sur des embarcations de fortune ; stage de survie en milieu hostile, missions de vol et destruction de biens au sein des plus riches propriétés balnéaires, opérations d’enlèvement, séquestration, torture et assassinat dans ces myriades de criques permettant d’échapper à l’œil des satellites ; les récits merveilleux de l’Odyssée et le voyage fantastique de l’Argos ont laissé place au réalisme cru, brutal et scabreux d’un monde aussi pollué que les consciences responsables de tous ses maux.

— J’ai eu le plaisir de visiter un grand nombre d’îles grecques, répond-il avec entrain. Le bassin méditerranéen est bien plus agréable à vivre que cette morne capitale au ciel gris comme la cendre, n’est-ce pas ?

Barabas croyait ainsi tout connaître de la Méditerranée jusqu’à sa retraite à Chypre, jusqu’à ce jour fatidique de l’année 2046 où le gouvernement avait rappelé son fidèle instrument pour une mission secrète sur une île inconnu des hommes modernes.
Les pupilles du tueur implacable se dilatèrent à cette réminiscence.
Au cours de son ancienne vie de militaire et d’agent au sein des forces spéciales, il avait vu des rangées de corps abattus dans une même position : genoux fléchis et crânes percés d’une balle ; il avait senti la chair en putréfaction des monceaux de cadavres, entassés à l’air libre comme du vulgaire bois de chauffage ; il avait supervisé l’extraction de centaines de dépouilles enfouies dans le sol comme autant de secrets honteux, inavouables.
Pourtant, ses yeux noirs comme la nuit n’avaient jamais contemplé un carnage semblable à Thermodon, morceau de terre surgie de nulle part dans une mer sillonnée de long en large depuis l’aube des civilisations.
Des cohortes de cadavres – toutes des femmes dotées d’un ADN métahumain – massacrés par les griffes et les crocs d’une force primitive et cruelle, une surface entièrement ravagée par un tsunami destructeur, une vague funeste et sanglante qui s’est retirée dans le mystère des profondeurs abyssales en prélevant son tribut mortifère.

Au milieu de ce cauchemar, éclaireur médusé d’un commando abasourdi, Barabas avait aperçu le mirage d’une vie humaine, les contours d’une femme semblable à ces innombrables victimes silencieuses.
C’était elle.
Theyssa, ou quel que soit son véritable nom. L’apparition fugace, presque fantomatique, avait les cheveux longs et son visage avait la pâleur de la mort. Témoins étrangers de cet horrible spectacle d’un peuple annihilé, les regards s’étaient brièvement rencontrés avant que la femme s’évanouisse comme un murmure poussé par la brise.
L’homme se rappelle à présent, avec la certitude d’un tueur entraîné à reconnaître et mémoriser ses cibles : la femme qui se tient à portée de lame est la version en chair et en os de ce mirage.

L’esprit dissocié d’un corps entièrement sous contrôle, Barabas ne manifeste aucun signe de cette révélation.
Il s’esclaffe avec légèreté à la boutade de son interlocutrice, reprenant le fil de leur conversation sans y laisser le moindre nœud.

— Je crois me souvenir à présent… nos serions-nous rencontrés à Zante ? On y croise beaucoup de touristes parés de bijoux et de lunettes de soleil, mais un homme comme moi remarque davantage les femmes opportunistes, dont les yeux vifs et les doigts agiles offrent un spectacle bien plus réjouissant.

Zante est une île Ionienne située à l’ouest du Péloponnèse, loin des Cyclades où se trouve Thermodon. Droguée au tourisme de masse, ses rivages au charme intemporel et ses hôtels luxueux sont le paradis des voleurs et trafics en tout genre.

— Ou plutôt Zakynthos, reprend-il en adoptant sa langue maternelle. J’ai justement repéré un cru rare de leur cépage dans l’armoire à vin. Et si nous laissions Salvatore terminer sereinement son expertise, pendant que nous évoquons d’agréables souvenirs autour d’un verre ? Ces Italiens ne seront guère contrariés, ils ne comprennent pas un mot de grec, ajoute-t-il avec un sourire complice.

Le visage est avenant, le ton calme et poli.
D’un geste courtois, Barabas prend les devants et invite Theyssa à le suivre.

L’armoire à vins se trouve à une dizaine de pas, abritant dans son intérieur soigneusement contrôlé – température et humidité – plusieurs dizaines de bouteilles au tarif exorbitant derrière ses vitres étanches. Une petite table ronde garnie de trois chaises au style classique se trouve à proximité.
Barabas tire celle située vers l’intérieur, une place bien en vue de Salvatore et de l’homme de main chargé de la surveillance. Agit-il ainsi pour la rassurer ? Ou au contraire pour sa propre sécurité ?
Le visage serein de l’espion ne montre aucune anxiété, aucun empressement tandis qu’il fixe Theyssa de son regard opaque. Plus galant que séducteur, il se tient légèrement penché derrière le beau siège en bois. Ses mains vigoureuses sont posées sur le dossier, prêtes à pousser une fois son invitée correctement assise.

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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Dim 15 Juil - 21:44

Ainsi il a voyagé dans les îles grecques, information qui ne m’arrange pas. Je vais devoir faire attention à mes paroles pour ne pas trahir ma véritable nature.

- C’est vrai, le climat est bien différent entre les deux régions. Elles ne sont pas vraiment comparables.

D’ailleurs, en parler me fait prendre conscience que mes terres natales me manquent. Depuis que je me suis lancée sur les traces de nos reliques, je n’ai guère cherché à m’appesantir sur Thermodon pour éviter la nostalgie qui accompagnerait immanquablement mes souvenirs, ainsi que la douleur des pertes endurées. Pourtant je chasse rapidement ces pensées, je dois rester attentive aux paroles et gestes de cet homme. Je l’écoute mentionner certaines îles et lorsqu’il adopte le grec, je penche légèrement la tête. Entendre ces sonorités helléniques me fait un drôle d’effet, bien que cela soit sa forme moderne. Alors j’entreprends de lui répondre dans la même langue.

- Une île dotée de nombreuses beautés qui attire du monde, un très bon terrain de chasse mais je ne pense pas que cela soit sur Zakynthos que nous nous sommes croisés. Peut-être Naxos ? Je lâche ce nom pour voir sa réaction. Une île située à l’opposée de la précédente, se rapprochant plus de la positon de Thermodon, emprunte de mythologie, également productrice de vin et charriant son lot de touristes. S’il cherche à me piéger, je risque de le décevoir, je connais un minimum l’histoire et les caractéristiques des îles grecques. Partager un verre ne sera pas de refus.

Cet homme sait bien cacher son jeu, usant avec habileté de courtoisie et de menaces voilées. Je le suis jusqu’à une petit table. Je marque un temps d’arrêt tandis qu’il tire une chaise et m’invite à m’asseoir. Etrangement, je remarque qu’il me propose une place bien en vue de Salvatore et de son homme de main. J’adresse un regard circonspect à l’inconnu. Gardant en mémoire l’agencement des lieux et les issues possibles, je finis par prendre place.

- Comment dois-je vous appeler ? John ?

Même s’il a déjà mentionné le fait que Theyssa ne devait pas être ma véritable identité, il est toujours plus agréable de pouvoir mettre un nom sur un visage, même faux. En tout cas, il prétend se souvenir, alors cette discussion n’est qu’une façade. Dans ce cas, nous savons tous les deux que l’île en question ne fait pas partie des noms connus, bien que cela ait dû changer suite au Déluge. Je me demande où va nous mener la suite et je préfère qu’il avance ses cartes en premier. Alors je patiente tandis qu’il s’installe et nous sert à boire.
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Dim 22 Juil - 21:46

À présent que l’espion a identifié sa cible, il lui reste à acquérir suffisamment de données pour établir un profil. Formaté par vingt-cinq ans dans les services secrets, c’est avec cet objectif que Barabas approche la femme aperçue à Thermodon.
À sa connaissance, le gouvernement n’a retrouvé aucune survivante du carnage. Cette affaire est connue d’un nombre restreint de personnes ; le secret est encore mieux gardé que le dossier Valkyries. Toutefois l’agent ne serait guère surpris que les services secrets retiennent des spécimens vivants en captivité. Si Theyssa est une authentique Thermodienne, le destin vient de sourire à Barabas en lui soumettant une précieuse monnaie d’échange.

L’écho de sa langue natale fait naître un sourire sur les lèvres du Chypriote. De toute évidence, cette femme a longtemps vécu dans une région grecque.
Comme les Valkyries, les Thermodiennes ne vivaient sans doute pas recluses en permanence sur leur territoire. Elles devaient s’aventurer un minimum dans le monde extérieur, ne serait-ce que pour assurer leur descendance – se reproduire.
La voleuse mentionne d’ailleurs une possible rencontre à Naxos, principale île des Cyclades, comme un indice supplémentaire de son appartenance à ce peuple.
Barabas réagit en connaisseur du bassin méditerranéen, fidèle à son rôle de grand voyageur.

— C’est possible, en effet. Les 1001 merveilles ne possèdent malheureusement pas de Kitro en réserve. Cette délicieuse liqueur de cédrat mériterait pourtant d’y figurer.

Seule, dans un environnement clos et protégé où elle ne peut compter sur aucun soutien, Theyssa accepte de répondre à l’invitation du quadragénaire bienséant.
Bien qu’elle évolue dans le milieu du petit banditisme, elle est sans doute consciente qu’il vaut mieux ne pas contrarier la mafia sicilienne. Respectable et respectueuse, Cosa Nostra n’en reste pas moins une impitoyable organisation criminelle. Il n’est pas rare qu’une lame plantée dans le dos soit précédée d’un sourire avenant.

Tandis qu’il pousse avec une délicatesse contrôlée le siège de Theyssa, celle-ci s’enquiert du prénom de l’espion aux mille identités.

— John conviendra très bien.

Barabas n’a encore jamais utilisé ce prénom d’origine anglo-saxone. Raison de plus pour laisser cette femme très spéciale l’appeler ainsi.
Avec le calme, la maîtrise et les bonnes manières d’un majordome, le prétendu John saisit par leur pied deux verres à vin posé sur une étagère. Abrités de la poussière par une porte étanche, leur forme est simple et élégante convient aux dégustations.
Sans un mot, avec des gestes précis, l’homme extrait et débouchonne sans bruit ostentatoire le vin de Zakynthos qu’il avait repéré. Un cru de 2032, excellente année pour le cépage grec tandis que la Chine, déjà frappée de famine, capitulait après plusieurs attaques nucléaires des Russes.
Les verres se remplissent sans qu’une goutte du précieux liquide ne tombe à l’extérieur – marque d’une longue expérience ou d’une rare habileté.

John prend place en face de Theyssa avec un sourire satisfait. Sa main, paume tournée vers le haut, glisse sous le calice de son verre.
Ses yeux sombres contemplent quelques instants le liquide qu’il fait lentement tournoyer, puis le porte sous ses narines en fermant les yeux.
Toutes les pensées de Barabas sont tournées vers le piège qu’il tend à Theyssa.

— C’est un Verdea, précise le connaisseur en redressant la tête. On le reconnait à sa magnifique robe ambrée et son goût délicat de rancio. Un vin pour les fines bouches, qui n’agresse pas le palais lorsqu’on le boit à jeun. J’espère que vous apprécierez.

John lève son verre avec élégance, adressant un aimable signe de tête à la femme qui lui fait face.
Il attend qu’elle agisse de même, puis porte l’alcool à ses lèvres afin d’en déguster une pleine gorgée.

— Excellent, n’est-ce pas ? dit-il en reposant son verre. Salvatore semble apprécier votre sens de l’esthétisme et de toute évidence, vous avez de nombreux talents. Je trouve intrigant qu’une femme aussi accorte se contente de menus larcins dans une ville comme Europolis. Je ne vous juge en aucune façon, mais le potentiel sous-exploité interpelle l’homme d’expérience que je suis.

Le ton est ouvertement amical, sans être familier. La voix calme et bien articulée ne manifeste aucune anxiété.
Mains posées sur la table comme un homme qui n’a rien à cacher, seul le regard invariablement noir de Barabas inspire une forme d’inquiétude.
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Dim 29 Juil - 11:31

Parler de vin et de spécialités grecques… En d’autres circonstances, j’aurai certainement pleinement appréciée la conversation mais avec lui j’ai plutôt l’impression d’être un papillon risquant de se brûler les ailes. Je sens que cet homme peut me causer des problèmes. Ce n’est pas pour rien que la société des Amazones se passe d’eux. Lorsqu’il mentionne le Kitro, je hoche la tête.

- Oui, elle mérite d’être connue et savourée.

Tandis que je m’installe, il m’informe que John conviendra très bien pour le désigner. Soit. Je peux observer la maîtrise et le savoir-faire de cet homme bien singulier pendant qu’il nous sert un verre. Je me demande jusqu’où s’étendent ses compétences et ce qu’il cache derrière cette façade si bienséante. A l’instar de John, je saisis ma coupe et hume les effluves si familières. Mon regard se porte sur lui quand il mentionne les caractéristiques de ce vin en fin connaisseur.

- J’apprécie. Vous avez bon goût.

Je réponds au signe de tête de mon interlocuteur tout en levant mon verre. Invitation à la dégustation.  

- Un très bon cru, je confirme en réponse à John. Puis je l’écoute aborder le sujet de mon travail officieux. Je l’observe le temps de préparer ma réponse, je ne veux pas trop en dire à cet homme qui a pris le contrôle de notre discussion. Je repose mon verre mais fais tourner légèrement le pied entre mes doigts, signe de mon agitation intérieure. Un homme d’expérience… Serait-il également un cambrioleur ?  Ou bien est-ce son activité en lien avec Salvatore qui l’induit vers cette remarque ? Parfois, il vaut mieux se contenter de peu pour ne pas attirer l'attention de certains. Sous-entendant les forces de l’ordre. Je me penche légèrement vers lui. Et que voyez-vous comme potentiel ?

Mes cambriolages ne sont qu’un pan dans la recherche de nos reliques. En soit, certaines de mes victimes possèdent des biens plus attrayants, et certainement plus chers que ce que je ramène à Salvatore. Mais je préfère rester dans l’ombre et ne pas me montrer trop gourmande dans mes vols. Je dois œuvrer sur la durée.
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Sam 4 Aoû - 17:28

Les connaissances œnologiques de « John » semblent produire leur effet sur l’invitée. C’est d’ailleurs le sourire d’un hôte réjoui qui se reflète dans le verre que Theyssa saisit, puis porte à ses lèvres minces.
Barabas n’a pourtant aucun goût pour le vin et d’autres plaisirs futiles de la vie. Derrière son apparence amène, le Chypriote est aussi mort que du bois sec. Seule une longue expérience permet encore à ce serpent sans scrupule de simuler un peu de chaleur et composer un rôle crédible.
La satisfaction qui se lit sur son visage, aussi artificielle qu’elle soit, traduit néanmoins son état mental avec exactitude : Theyssa vient de déposer empreintes digitales et échantillons d’ADN sur le précieux verre, qu’il pourra faire analyser à la suite de leur entretien. Grâce à une société mafieuse spécialisée dans le matériel médical, Barabas pourra établir en toute discrétion si l’ADN de cette femme appartient à une espèce distincte de l’humain, et donc au mystérieux peuple de Thermodon. Quant aux empreintes, elles lui permettront d’accéder à plus d’informations que les citoyens d’Europolis ne peuvent l’imaginer – à condition que cette voleuse dispose d’une carte d’identité ou d’un passeport authentique.

Le sujet embarrassant que Barabas présente à Theyssa lui permet de focaliser l’attention de la voleuse. Comme il s’en doutait, la réponse se veut prudente, lapidaire.
Quel que fût le motif de sa présence sur l’île ravagée, quatre ans plus tôt, cette femme n’a pas l’aisance d’une espionne.
« John » se penche légèrement vers elle en miroir à son geste. Un coup d’œil vers les mafiosi et il se met à parler à mi-voix, sur le ton de la confidence.

— Je vous ai observée : vous avez les gestes souples d’une panthère, une qualité très utile pour s’introduire dans les endroits les plus insolites… et les mieux protégés. Vous vous conduisez également avec une sage réserve qu’apporte l’expérience et une nature discrète… j’imagine que vous n’êtes jamais passée au poste de police, ce qui n’est pas si fréquent pour une femme de votre âge qui travaille seule – sans vouloir vous offenser, ajoute-t-il avec un sourire.

Barabas évalue l’âge de la convive à une trentaine d’années. Toutefois, le regard observateur de l’espion a relevé la texture sans défaut de sa peau, l’absence de taches dans ses iris, la fluidité de ses mouvements, la vibration claire et limpide de sa voix malgré le froid hivernal. Avec la santé parfaite dont jouit cette femme, elle pourrait tout aussi bien partager le même âge que son interlocuteur, un vétéran marqué par les missions sous un soleil brûlant et les trépidations d’une vie d’agent du gouvernement.

— En travaillant avec la ou les bonnes personnes, vous pourriez obtenir plus tout en bénéficiant d’une meilleure protection qu’un politicien de cette ville. En outre, subtiliser des biens de faible valeur vous oblige à passer plus souvent à l’action, ce qui vous expose régulièrement au risque et occupe beaucoup de votre temps en préparation. Un financier qualifierait le retour sur investissement de médiocre. Pourtant une femme comme vous doit avoir des rêves, d’autres objectifs que la survie. Un homme comme moi a besoin de personnes fiables et talentueuses pour les atteindre, et je dispose d’un réseau capable de protéger celles qui me rendent service.

Barabas n’a qu’une certitude à propos de Theyssa : elle lui sera utile d’une façon ou d’une autre. Sans doute de plusieurs manières, qu’elle accepte ou non de coopérer.

— Mais vous avez le temps d’y réfléchir. D’ailleurs, on dirait que notre ami Salvatore a terminé son évaluation.

Le regard observateur de l’espion vient d’aviser les outils que range le bijoutier. Avec le calme patient du prédateur, il reporte son attention sur Theyssa et guette ses réactions.
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Dim 19 Aoû - 22:49

Il m’a observée. Depuis combien de temps ? Mon entrée dans la boutique ? Ou plus ? Quoiqu’il en soit, il énumère un certain nombre de qualités utiles pour les cambriolages. Je secoue légèrement la tête, confirmant ne pas avoir eu affaire aux forces de l’ordre jusqu’à présent. Je ne peux m’empêcher de répondre à son sourire suite à sa remarque sur mon âge, me faisant la réflexion que ce dernier peut être trompeur puisque les Amazones vieillissent moins vite que le commun des mortels. D’une certaine manière, je le prends comme un compliment, révélateur du fait que je ne me débrouille pas si mal que cela pour rester en dehors des fichiers des suspects. La suite de son discours démontre qu’il sait évaluer le retour sur investissement d’un cambriolage et qu’il souhaiterait utiliser mes services. Je ne sais que penser de son offre, sachant que le vol n’est pas mon but mais simplement un moyen de parvenir à mes fins.

- Vous n’avez pas tort, de petits vols nécessitent d’en faire plus souvent. Dois-je comprendre que vous voulez m’embaucher ? Pour des vols de plus grande envergure que ce que je fais actuellement ?

En soit, ses propositions peuvent être intéressantes, mais je ne suis pas certaine de vouloir m’engager auprès d’une organisation aussi conséquente. Vendre des objets à leur receleur n’est pas comparable à s’engager et œuvrer pour eux. Je porte mon verre à mes lèvres pour me laisser le temps de réfléchir, mais John me fait remarquer que Salvatore a terminé avec mes bijoux. Mon attention se porte sur le joaillier avant de revenir sur l’homme assis en face de moi. En fait, je ne sais comment réagir. Il me laisse du temps pour envisager les opportunités d’un tel engagement. Mon instinct me préconise de ne pas me lier à cet homme de quelques façons que ce soit, mais il semble en savoir bien plus sur moi qu’il ne le laisse entendre. Vu qu’il était sur Thermodon, peut-être a-t-il une piste pour nos reliques ? Il me vante des moyens, des ressources qui peuvent m’être utile dans ma quête. J’allais devoir étudier tout cela à tête reposée.

- Combien de temps me laissez-vous ? C’est le genre de proposition à durée limitée non ? Et si je venais à refuser ?

Je jauge ses réactions suite à mes questions. Il me donne l’impression de ne pas être un homme appréciant les refus. Cependant, cet air affable brouille les pistes. Je repose mon verre, considérant que notre conversation touche à sa fin. Une fois les réponses obtenues, je me lève pour rejoindre le joaillier et récupérer le fruit de mes larcins. Bien entendu, je ne manquerai pas de saluer les personnes présentes dans l’arrière-boutique avant de quitter les lieux. Mais d’abord voyons la conclusion de Salvatore suite à son expertise.
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MessageSujet: Re: Les bijoux du destin   Jeu 30 Aoû - 12:35

Theyssa pose une question rhétorique sur les intentions que Barabas vient d’exprimer. Soit elle cherche à gagner du temps pour évaluer la situation, soit elle aime que les choses soient énoncées sans subtilité, soit elle cherche à sonder son interlocuteur.
Avec un sang-froid imperturbable, celui-ci répond sans manifester la moindre irritation. Le froissement est pourtant réel : Barabas apprécie la finesse d’esprit et n’aime guère se répéter.

— Vous comprenez bien. Mais nous parlons de missions ponctuelles qui nécessitent des compétences spécifiques, n’est-ce pas ? Vous et moi sommes tous deux des opportunistes. Quand une belle occasion se présente, nous osons et savons la saisir. C’est ce qui nous distingue, entre autres, du commun des mortels.

La proposition semble tenter la voleuse. Prudente, elle s’enquiert du temps dont elle dispose pour prendre sa décision et des conséquences éventuelles en cas de refus.
Barabas aura besoin de deux semaines, un mois tout au plus, pour obtenir discrètement le profil génétique de Theyssa et toutes les informations dont il a besoin. Cependant, l’espion n’a aucun besoin de ses services dans l’immédiat et désire ménager cet atout providentiel.
Après un bref instant de réflexion, durant lequel il joue avec son verre sans quitter la femme des yeux, la réponse tombe sur le ton neutre des partenaires d’affaires.

— Je vous laisse deux mois pour vous décider. Un refus ne vous exposera à aucune conséquence de notre organisation. Nous (Barabas étend les bras pour désigner tout ce qui se trouve autour de lui) respectons l’indépendance d’une voleuse qui sait rester à sa place. C’est ce qui nous distingue, entre autres, du commun des criminels.

« John » esquisse un sourire énigmatique. Il a engagé la parole de Cosa Costra, mais pas la sienne.
Si Theyssa est une survivante de ce peuple inconnu et qu’il trouve intérêt à la livrer en pâture au gouvernement, c’est lui qui viendra la trouver.
Et elle n’aura d’autre choix que le suivre.

*

Salvatore, qui n’a rien suivi des manigances de son « collègue » mafieux, accueille Theyssa avec le sourire classieux et passionné qui le caractérise.

— Le bracelet et surtout la broche style 1900 sont de belles pièces, mais la bague est une contrefaçon difficilement détectable à l’œil nu. Je vous offre cinq mille eurodollars pour le tout.

Sans quitter ses gants, le bijoutier-joaillier confie une liasse de billets à la voleuse. Chaque objet sera revendu dans les établissements appropriés sous contrôle de la mafia sicilienne, peut-être modifié ou recyclé afin de brouiller les pistes.
Les autorités légales intègrent cette pratique dans la catégorie fourre-tout du recel et blanchiment d’argent, mais pour un homme passionné comme Salvatore, les juristes sont des analphabètes de l’art, des imbéciles dénués de sensibilité. Cosa Nostra gère mieux ses affaires et avec un plus grand respect que les sociétés européennes. Y compris les objets de contrefaçon, destinés aux personnes qui ont des rêves mais pas les moyens de se les offrir.

Salvatore raccompagne sa cliente jusqu’à la boutique officielle, non sans adresser un regard perplexe à l’énigmatique Barabas.
La sympathie qu’il éprouve envers Theyssa l’intime de lui donner un conseil gratuit, mais d’une importance vitale : se méfier de cet homme, extrêmement dangereux malgré son abord cordial. Mais Cosa Nostra obéit à des règles dont l’omerta figure parmi les plus incontournables. Le commerçant adresse un au revoir poli à la voleuse. Le mafieux se tait.
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Les bijoux du destin
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