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 Jean Raulne - Au Revoir, à Jamais
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Au revoir, à jamais
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Célébrité : Christian Bale
Alias : Black Fox
Métier officiel/officieux : Market Analyst / Braqueur

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Au revoir, à jamais
MessageSujet: Jean Raulne - Au Revoir, à Jamais   Lun 19 Fév - 0:52

Jean Raulne

Jean Raulne

Future Starts Slow




Date de Naissance 24 avril 2010
Ville et Pays de Naissance Nord de la France
Groupe Lost and Damned
Capacité //
Statut d'Etat Civil Séparé
Métier officiel Market Analyst
Orientation J'aime les femmes
Penchant Mauvais
Alias Blackfox
Métier officieux Braqueur
Crimes déjà commis Vols avec violence, intimidation de témoins, agressions physiques.
Est-ce que vous êtes déjà recherché? tMon alias uniquement
Avatar Christian Bale
Crédit Kanala & Eden Memories


Brutal ♠️ Tacticien ♦️ Sans pitié ♣️ Violent ♥️ Loyal • Fou

Avril 2010

Naissance dans une famille du Nord de la France. Parents de niveau de vie modeste, aspirations modestes. Une soeur et un frère. Scolarité classique; des capacités, mais un jeune branleur qui ne saisit pas à quel point son avenir dépend de ses connaissances.

Juin 2028

J'ai mon Baccalauréat, et je décide de poursuivre des études en sociologie et en économie. Je serais diplomé d'un master en économétrie et en sociologie d'enquête quatre ans plus tard, mon cursus étant écourté par une double année d'alternance dans un organisme de santé.

Mai 2032

Je rejoins l'armée, dans une unité de parachutistes. Je suis sous-lieutenant, après avoir réussi le concours d'entrée. Je suis envoyé en Afrique du Nord, en Lybie, où nous luttons contre des factions armées, rebelles, voire esclavagistes parfois. Je me fais à la traque, aux durs combats urbains ou du désert, et aux interrogatoires musclés.

Juin 2033

Je me marie avec Jenna Raybrandt, une magnifique jeune femme qui me tape dans l'oeil, en permission à Paris.
Notre histoire devient vite passionnelle, malgré la distance, le mariage n'en est qu'une conséquence rapide mais logique.

Mars 2034

Naissance de notre premier enfant, Tabitha, entre l'opération "Bir Hakeim" et mon changement d'affectation pour les Oasis du sud de la Lybie, où les combats sont plus durs..

Janvier 2035

Naissance de notre seconde fille, Jennifer. Je suis blessé; je prends deux éclats de mortier dans la jambe, dans une oasis près de la frontière égyptienne.

Février 2035

Je quitte l'Afrique pour repartir en camp d'entraînement. Je deviens lieutenant, et je commande un peloton de recrues psychopathes, l'embryon d'un "Bataillon Spécial" appelé "Fantômes". Je comprends rapidement qu'on attend de moi que je dirige une bande de tueurs pour faire le sale boulot de l'Union, mais je l'accepte.

2036-2038

Opérations secrètes au Niger, opération "Squelettes" où nous traquons et abattons les rats de laboratoire d'Areva, qui "luttait contre le cancer". Mon cul. Même après la Lybie, j'ai le sentiment d'avoir une quantité de sang impressionnante, sur les mains, et la culpabilité me colle à la peau, mais j'accomplis mon devoir en même temps que toutes ces horreurs.

2039

Je passe Premier Lieutenant, second de ma compagnie. Je passe plus de temps avec ma famille, entre deux missions,
mais la guerre couve en Asie.

Avril 2040

Débarquement au Japon. Notre Hélicoptère est détruit et je suis blessé dans le crash. Durs combats de rue à Kyoto, qui dégénèrent dans le métro. Nombreuses blessures, lacérations reçues dans les terrifiants corps à corps reçus dans les tunnels.

2041-2042

Débarquement en Chine. Largage en parachute en amont de Shanghai avec la division. Durs combats au sol en attendant les forces terrestres. Offensive de plusieurs mois vers Pékin. Ca chauffe, en Europe, mais on est trop loin... Nouvelles blessures, nouvelles médailles...
Je passe Capitaine, chef de ma compagnie, en remplacement de mon supérieur qui est tué dans les combats de la route de Pékin. Nous détruisons une usine de clonage, plusieurs camps de rééducation, et les combats des complexes sidérurgiques de Shanghai exterminent presque le bataillon, mais nous en ressortons vainqueurs.

Novembre 2042

Fin de la guerre en Asie. Quelques accrochages avec les Russes en Mandchourie. On surveille quelques semaines l'approvisionnement des camps de réfugiés, avant de plier bagage. La compagnie aura eu 230% de pertes depuis deux ans, et les vieux visages ont laissé place à de nombreux remplaçants, voire à des remplaçants de remplaçants. Le retour en Europe est difficile, j'ai longtemps été séparé des miens.

Juillet 2043

Opération "Götterdämmerung", Crépuscule des Dieux. On intervient à Minsk, en Biélorussie, alors que l'Union a jeté toutes ses forces contre l'agresseur russe, affaibli. Nous combattons les Valkyries,
qui avaient fait irruption dans les combats. La compagnie est à nouveau décimée, mais nous faisons sauter leur temple et leur trésor avec une arme atomique. Il se passe... Quelque chose... Au moment de l'explosion. Comme si on nous avait privé de notre raison, de notre âme. Je deviens de plus en plus violent, de moins en moins passion, et je ne nourris plus la moindre compassion pour mon prochain. J'en viens à mépriser les civils,
ces planqués de l'arrière, et suis prêt à tout pour défendre les "fous"
qui ont été mes frères et mes soeurs pendant dix ans, dans les pires enfers qu'on puisse imaginer.

2044-2046

Difficultés de réinsertion à la vie civile. Débriefing psy, cachets, alcools, vices, je finis par être décoré plusieurs fois, j'encadre ce qu'il reste de ma compagnie jusqu'à sa démobilisation, et je retourne chez moi avec une boîte de médailles que je ne peux montrer à personne,
qui ne veulent rien dire pour personne, et cette pulsion de mort qui sans cesse, me vrille les tripes. Je me perds de nombreuses fois dans l'alcool,
les filles, les bagarres, mais Jenna m'aide et me repêche. Et il y a nos filles.

2048-2049

Réinsertion difficile. Cauchemars. Crises. Le couple bat de l'aile, jusqu'à ce que ma femme se tire avec mes filles, après une série de violentes disputes. Elle me laisse un mot "au revoir, à jamais".
Je sais que je ne peux pas les retrouver; que je ne le dois pas. Je n'ai jamais tout raconté à ma femme, mais elle en sait assez pour me foutre,
mes hommes et moi, en taule jusque la fin de nos jours.

Décembre 2049

Ma femme m'a quitté. Je reforme mon peloton d'origine avec les survivants des Fantômes, et avec nos masques de renard,
rappelant notre ancien emblème, nous attaquons nos deux premiers fourgons blindés. Il faut aider Kat', qui a besoin d'une fortune pour sauver son gosse. Et moi, et tous mes anciens soldats, avons besoin de nous replonger dedans; le frisson du danger. L'adrénaline. Combattre le sentiment d'inutilité, et tous nos connards de vieux démons.



Derrière l'écran

Derrière l'écran

Salut ! Moi c'est Thibault mais appelez moi Torben. J'ai connu le forum via mon esprit dérangé et je pense que j'ai envie d'un américain-frites-picon-bière, là, tout de suite.
Sur une échelle de présence de 1 à 7, je pense être présent(e) 6/7.

_________________





I've become impossible holding on to when
When everything seemed to matter more
The two of us
All used and beaten up
Watching fate as it flow down the path
We have chose
You and me
We're in this together now
None of them can stop us now
We will make it through somehow





Dernière édition par Jean Raulne le Lun 19 Fév - 22:45, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Jean Raulne - Au Revoir, à Jamais   Lun 19 Fév - 0:57

Jean Raulne

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Future Starts Slow




12 décembre 2049. Le matin.


Bientôt Noël. Je rangeais mon téléphone dans ma poche. J’arrivais au travail. Et les messages n’étaient pas réjouissants. Ma femme qui me reprochait ma longue balade de la veille. Le fait que je sois rentré trois heures avant de partir au travail. Que je sentais l’alcool. Un autre message, d’Anders, qui me demandait de confirmer pour le soir même. Et deux autres textos. Mathilde et Chloé. Qui me reprochaient de m’être encore disputé avec leur mère, qui n’avait rien demandé à personne. Tout m’échappait. Je fermais mon téléphone, même. Je ne savais plus ce que je faisais. Je n’avais plus l’impression d’être ce mec que je voyais dans la glace. Cheveux poivre et sel, barbe mal taillée, la silhouette carrée, mais vieillissante. Les élancements dans mon genou gauche. Je laissais mon sac au bureau, dans ce vaste open space où tous les jeunes du service me dévisageaient, d’un air souvent un rien moqueur, en tout cas arrogant. J’étais le vieux du service. Recruté il y a quelques années pour mon expérience de la « gestion de crises », et pour mon dossier militaire. Ils étaient tous brillants, très techniques et au sens de l’analyse le plus poussé qui soit. Mais il leur manquait des tripes, pour faire passer leurs préconisations, et le courage pour forcer le passage et réformer la boîte de l’intérieur. J’étais le « vieux » Jean. J’avais quarante ans. Ou plutôt, je les avais dans quelques jours. Ils avaient vingt-huit ans, en moyenne. Que faisais-je, moi, à vingt-huit ans ?


Je ressentais tout comme si je le vivais. Encore et encore. L’air chaud qui me fouettait le visage. La sensation de chute libre aux soubresauts de l’hélicoptère. J’avais rejoint l’armée à vingt-deux ans, après mon master. J’avais réussi le concours d’officier, et j’avais réclamé une affectation chez les parachutistes. Deux ans à écraser les bandes armées de Lybie, à détruire à rafales de fusil d’assaut le trafic d’esclaves. Le monde s’enfonçait dans le chaos, et je croyais dur comme fer à la « Grande Europe » défendue par notre président, à notre « Vieux Continent » qui était là pour servir de phare à tous les autres. J’étais jeune, et j’étais con. J’étais Sous-lieutenant, puis Lieutenant. Je commandais mon groupe de combat. Et je me remémorais les paroles de mon grand-père, paroles avouées que sous emprise de l’alcool bien des années plus tôt. Il avait fait la Centrafrique, le Liban, le Mali. Et des opérations « hors cadre » en métropole. L’arrestation d’un général qui voulait tenter un putsch, à l’orée des années 80. La « protection » de la compagnie, au Liban. La lutte contre les troupes régulières lybiennes, cinquante ans avant moi, quand le dictateur de l’époque envahissait la Centrafrique. Je me rappelais tout, dans les moindres détails… Mon père avait su, lui aussi, ce que son propre père avait fait. Pour la première fois, dans la famille, il y avait eu rupture ; mon père n’avait pas fait l’armée, finalement. Mais moi oui. L’époque changeait. L’ennemi de mon père, c’était la crise économique. Mon ennemi à moi, c’était la fin du monde.


Je me rappelais des paroles de mon grand-père, lorsque j’interrogeais des rebelles et des miliciens. Que je les pelais vifs. Que j’écoutais leurs hurlements, et leurs confessions. Comme Dieu le Père en personne. Je savais faire parler n’importe qui, à l’époque. Il suffisait de savoir sur quel ressort appuyer. Pour certains, c’était la douleur pure. Pour d’autres, la peur d’un handicap permanent. Pour les derniers, les menaces sur les familles. Je n’avais même pas encore les mains propres, même si je les lavais sans arrêt, qu’on me proposait déjà de l’avancement. Béret rouge vissé sur la tête, on m’expliqua au retour de l’opération « Bir Hakeim » que l’on montait une unité spéciale, avec des aptitudes « hors du commun », pour des missions « discrètes, mais vitales ». Je serrais la main du général d’Argenteau, qui me salua en retirant son képi. « On a besoin de héros ». J’avais vingt-cinq ans. Six mois de ré-entraînement. Les pires conditions. Marche en arctique. Survie dans le désert. Combat sans arme ni ravitaillement, tests d’endurance inhumains. J’avais vite compris que les « héros » étaient tous timbrés. Ce soldat-là, un tireur d’élite hors-pair, pleurait presque toutes les nuits dans son sommeil. Cette fille, grenadier-voltigeur, se sentait obligée de cogner sur le premier qui la regardait de travers, mais j’avais vite appris qu’elle se faisait vomir, et prenait des médicaments. J’avais fermé les yeux. Sur ça comme sur tout le reste. J’avais le meilleur peloton de tout le bataillon en cours de formation, et on m’avait expressément indiqué de « faire avec » les particularités de mes « recrues ». J’avais vite compris de toute façon que leur instabilité contribuait à leur génie, sur le terrain.


Le baptême du feu eut lieu au Niger. Les grandes entreprises qui s’occupaient d’extraire l’uranium avaient du mal à sécuriser le périmètre des excavations, ou d’assurer la sécurité des employés. L’armée régulière de l’Union avait été envoyée, des commandos pourchassaient les rebelles, fanatiques religieux ou putchistes politiques, mais il y avait d’autres objectifs… Areva avait fait quelques expériences, et il y avait eu des fuites.


Il nous a fallu trois semaines pour tous les retrouver. On a dû en abattre certains. Mais la plupart s’était rendus, sitôt qu’on avait mis la main dessus. Rebaptisés « Squelettes », les cibles avaient subi des protocoles de soins expérimentaux contre le cancer, à base de nouvelles formes de rayons. La thérapie n’avait pas bien fonctionné. Trois de mes soldats se sont mis à vomir du sang, après avoir touché et escorté ces « Squelettes ». La plupart du temps, il s’agissait de pauvres hères en haillons, qui avaient pété un boulon et s’étaient mis à faire des choses dégueulasses. Viols de proches, tueries de masse, la pile de faits divers affreux s’était vite allongée. On nous a collé la pression. Et alors que les casques bleus de l’ONU faisaient leur propre enquête, on nous a donné le nom de code de fin d’opération ; l’ordre « 66 ». Ce ne serait pas la dernière fois…


Je me souvenais encore de la précipitation, au QG du bataillon. On avait brûlé les documents, versé l’essence excédentaire sur les meubles du bâtiment, et tout brûlé, archives papiers, copies digitales, corps des témoins. J’avais d’abord dû abattre ceux qu’il nous restait. Je me rappelais encore de chaque seconde. Le peloton n’avait jamais rechigné au meurtre ; ces monstres tuaient des gens, et il fallait les abattre. Pour eux, c’était simple. Ce le fut moins quand j’abattais les derniers survivants. Eux ne fuyaient pas. Ils ne pouvaient pas. Ils étaient menottés aux canalisations des soubassements de notre PC. Une balle dans la tête. J’avais réprimé le tremblement de ma main au moment de passer auprès d’un petit garçon. Un vrai dur, qui vous lançait un regard noir perpétuel. Le gamin avait une peau dure comme l’acier, et avait tué deux copains d’école dans une bagarre. Foutus scientifiques de merde. J’avais pressé la détente, lui collant une balle dans l’œil. A partir de ce jour, plus personne dans cette unité de cinglés ne s’amusa plus jamais à flirter avec la limite, me concernant.


Je n’avais jamais pu oublier ce son, cette sensation, ce regard… J’avais déjà des enfants, à l’époque. Ma deuxième fille venait de naître ; j’avais rencontré Jenna entre deux missions en Lybie, et nous nous étions vite mariés, et tout aussi vite fait des enfants. Deux filles. Après, j’avais été de moins en moins là, avec les Fantômes.


Je me sentais ailleurs. J’entendais plus rien de cette foutue réunion de chiffres. On me demanda mon avis. L’équipe partageait déjà le rictus commun, signe que les réjouissances allaient bientôt arriver. Pourtant, je dus les décevoir. J’étais d’accord avec les conclusions de l’étude de notoriété qui avait été lancée, en Europe du sud. Les chiffres collaient avec les méta-données de l’Union. On était bon pour le prochain trimestre.


Je fermais le clapet de mon ordi portable, sur mon rapport, mais aussi sur le visage de ce gamin qui ne m’avait jamais quitté.


12 décembre 2049. Le milieu de journée.


J’ai encore reçu des sms de mes filles. J’abuse, avec leur mère. Elle m’a attendu pendant des années. Des années à ne pas savoir ce que je faisais. Où j’étais. Ce que je subissais. Elle en avait eu une idée, via les courriels envoyés depuis le front. Mais je n’avais jamais choisi d’entrer dans les détails. Je devais lui parler. Je devais tout lui dire. A elles, plus tard, si je voulais. Mais je devais tout dire à maman. J’avais un rendez-vous, ce midi. Je n’avais pu appeler personne, pas même sur la route. Mes vieux fantômes ne me quittaient plus, et j’en rencontrais un, ce midi. Ou plutôt une. Kat. Une de mes plus vieilles sœurs d’armes, que je connaissais de la Lybie, même si elle était dans une autre unité, avant qu’elle n’intègre mon peloton de Fantômes. Elle avait un souci, un souci grave. Ca concernait son gosse. On s’est retrouvé dans ce petit restau du centre-ville, parce que c’était bien plus pratique pour elle. Elle ne devait pas s’éloigner du centre Danvers, où son gamin était hospitalisé. Quand j’arrivais, j’eus du mal à croire que la situation pouvait être encore plus merdique qu’au réveil. Kat était en larmes.


Kat était mon adjudant, second dans le peloton. Une sacrée tueuse. Féroce et coriace, un combo explosif, et à cheval sur la discipline. Pendant combien d’années avais-je entendu son timbre inflexible, en acier trempé, gueuler aux troupes d’avancer en ordre, de ramper dans la merde, ou de faire silence ? Je l’avais vu éliminer sans pitié des soldats ennemis, ou accepter les ordres les plus dégueulasses sans sourciller. Et là, elle pleurait. Son gosse était malade. Malade à en crever. IL n’y avait que les nouvelles thérapies géniques expérimentales, de troisième génération, à pouvoir le sauver. Pas remboursée, bien sûr. On n’avait plus droit à grand-chose, depuis les grandes crises sanitaires des dernières décennies. Un million la première vague de traitements. Et un autre demi-million tous les trois mois. Et encore, sans garantie de succès. Finalement, on ne commanda même pas à manger, juste quelques verres d’alcools forts, suffisants pour nous donner le vague sentiment d’avoir une contenance. Et je me retrouvais à consoler cette vieille amie, cette sœur avec qui j’avais traversé de véritables ouragans de mort, alors qu’elle pleurait à ne plus savoir s’arrêter. Je lui promettais de l’aider. De trouver une solution. Je n’étais plus capitaine depuis quelques années, mais je restais moralement responsable de mes hommes. Kat en fut satisfaite, pour le moment du moins, et je retournais bosser. Faire semblant, du moins. On se revoyait le soir même chez Anders.


Je me rappelais Kat en tenue de Fantôme. Treillis noir, sans autre insigne que celle du Renard, symbole du peloton. Chaque groupe de fantômes avait son emblème. Le nôtre, c’était le renard. Un charognard et un tueur malin, quand il faut. Discret, et mortel. C’était nous, à une certaine époque. Je la revoyais en train de mater un mitrailleur de l’unité, un grand balaise de plus de deux mètres, et cent vingt kilos au compteur. Kat faisait trente centimètres de moins et sans doute la moitié de son poids. Elle l’avait défoncé. Mâchoire fracturée. Doigts écrasés. Coude retourné. Méchant à voir, mais je ne l’avais pas interrompue. Chez les Fantômes, tout allait plus vite et tout était plus fort qu’ailleurs. Il fallait ça pour tenir une bande de tueurs dans les rangs.


C’était Kat qui m’avait sauvé la vie, aussi. Après l’Afrique et ses opérations douteuses, il y avait eu l’Asie. J’étais passé Premier Lieutenant de la compagnie. Ma bande de tueurs était plus disciplinée et plus rigide que celle des autres chefs d’unité. Les Chinois avaient foutu la merde en Orient, et on avait dû être déployés. Du jamais vu depuis l’Amérique durant la Guerre du Pacifique, près d’un siècle plus tôt. Une armada gigantesque s’était déplacée vers le Japon, et la tâche des Fantômes, comme des autres forces spéciales, avait été de paver la voie au débarquement des forces terrestres. Notre hélicoptère avait été touché par un obus de 30, et nous avions dû nous poser en catastrophe. C’était Kat qui m’avait tiré de là, alors que j’étais inconscient. Sous bien des rapports, j’étais plus proche de Kat que de ma propre femme, que de Jenna, à la différence près que nous n’étions intimes que par ce que nous avions traversé ensemble, et pas par notre relation. Mais Jenna suspectait toujours autre chose depuis des années, et je n’avais jamais su la rassurer. On avait foutu les chinois dehors dans de violents combats de rue. Et après, il y avait eu Shanghai. Les plus grosses batailles de l’histoire de l’Humanité. Et les Fantômes étaient à l’avant-garde, se ménageant un passage à grand renfort de rafales automatiques. Je n’arrivais plus à me sentir chez moi, en métropole. Malgré ma femme, malgré nos filles. Je me sentais à la maison avec mes gars et mes filles, agrippé à une poignée d’un de nos gunships, prêt à tomber du ciel pour répandre la mort. On avait fait d’autres saloperies en Chine. Des saloperies nécessaires, elles aussi. Usines de clonage, centres d’essais nucléaires et physiques, usines d’armements lourds… On est passé par tous les enfers.


12 décembre 2049. La Fin de journée.


Je n’ai même pas réussi à donner l’illusion que je bossais, cet après-midi. J’étais perdu dans mes pensées, dans mes souvenirs. Combien de cafés suis-je allé chercher ? Combien de fois ai-je été interpellé, sans être capable de répondre, visiblement bien trop dans mon monde ? Je m’en fiche. Je m’en tape, de ce boulot. Il ne me passionne pas. Il me permet tout juste de réfléchir, de me garder les neurones en activité. Ce n’est pas si mal. Beaucoup de mecs revenus de l’Orient n’ont jamais réussi à retrouver un emploi, qu’il soit stable ou non. Mais je ne me sentais pas vraiment chanceux. Un gouffre me séparait de la génération de mes filles, qui « adoraient la vie », alors que je n’avais jamais été qu’un artisan de mort. Ma femme, elle, avait su me redonner goût aux choses. Aux repas tranquilles. La lecture, le soir, près d’un radiateur. Un bon verre de vin. Même si j’avais dû me modérer.


Mais je n’avais jamais réussi à m’y faire. Dans la voiture pour rentrer, je ne pouvais pas m’empêcher… Je repérais les meilleurs postes de tir, dans la rue. Les endroits où m’abriter. Où craindre le passage d’hélicoptères en rase-mottes. Là où poser des mines et explosifs, si je devais couvrir la rue. Là où me placer, pour occasionner un maximum de dégâts. Ca m’avait parfois pris, dans mes rêves. Je tuais des gens. Souvent des gens du passé, que je tuais encore. Ce gosse en Afrique. Ces soldats chinois durant la bataille de Shanghai. Les russes, à Smolensk. Ces Valkyries, à Minsk, puis en Norvège. Une fois, je m’étais réveillé sous le coup d’une gifle terrible et d’un hurlement strident. J’avais bondi sur Jenna au beau milieu d’un cauchemar, un terrifiant corps à corps dans le métro de Kyoto, et je l’étranglais. Jenna pleurait, après coup. Elle pleurait trois jours durant, et expliquais aux filles que c’était un accident, que papa avait fait un mauvais rêve, un rêve de la guerre. J’étouffais d’un puissant sentiment de manque depuis des années maintenant, que j’avais essayé de noyer dans ma famille, dans mon boulot, puis dans l’alcool, dans le sexe… Mais Jenna avait fini par mettre les Holà. Je lui faisais peur. Je lui faisais mal. Et boire n’arrangeait rien, cela me rendait déprimé, et renforçait le sentiment de solitude. Je revivais auprès de mes anciens camarades, que j’essayais d’aider. Ils avaient tous eu des soucis dans le civil, avant la guerre. Je savais qu’Anders, c’était les femmes. McHall, c’était le meurtre. Kat, la violence brute. Nous avions tous un pète au casque. Mais j’essayais d’être là pour les empêcher de faire des conneries. Ce n’était pas facile, mais ça m’évitait d’en faire moi-même.


Lorsque je rentrais à la maison, je serrais fort mes filles contre moi l’une après l’autre. Les embrassais sur le front. Les rassurais d’un regard ; j’allais arranger les choses avec maman. Elles partaient au cinéma pour « se changer les idées ». Bouquet de fleurs. Taquineries. Câlins. Jenna résiste. Pour la première fois, je sens qu’elle ne veut plus me pardonner, qu’elle ne veut plus passer outre. J’avais déjà vu ça, chez des soldats. Incapables de reprendre leur fusil et de se remettre dans le rang. Au bout d’un moment, propre à chacun, c’en était assez. Mais je poussais mon avantage. Avec ma femme comme avec la troupe, je savais trouver les mots. Joué sur la corde sensible. Quitte à tricher. Elle était bien vite dans notre lit, ma tête entre ses cuisses. Victoire éphémère, victoire à la Pyrrhus. La dispute de cette nuit avait laissé de plus profondes marques que d’habitude. Mais elle murmure mon nom, et m’attire contre elle. Dans ses yeux, je vois la vie. Et je vois la mort. Combien de fois me suis-je perdu dans ces prunelles ? Je l’embrasse. Et mon cœur bat la chamade, développé par vingt ans de terreur, de haine, de courage et de folie. Nous faisons l’amour comme jamais avant cela. Mon cœur manque de sortir ma poitrine, et je suis en sueur, essoufflé. Fou de peur à l’idée de la perdre.


Je me sens comme à Minsk. Tempête de neige en été. Les Fantômes sont des vétérans, maintenant. Plus seulement les malades à qui on donne le sale boulot de l’Union, mais les tueurs qu’on envoie en pompiers du front, ou pour gérer tout ce que des troupes conventionnelles ne sont pas capables de s’occuper. On nous a briefés depuis des années sur ces histoires de monstres. Mais l’exposé de la veille au soir était plus étrange que tous ceux auxquels nous avions pu assister ; pire que les irradiés du Niger, pire que les usines de clonage de Saipan, ou de l’antichambre de la mort du Yang-Tsé. On nous a parlé de légendes nordiques prenant vie. De Valkyries. Qui se battaient pour les russes. Des espèces de super-soldats nés de manipulations de lignage et de sélection biologique des millénaires plus tôt, qui venaient s’inviter dans les combats. Leur « cavalerie » était signalée à Minsk, sur la pointe de notre percée en cours sur Moscou. Les Ruskov en avaient chié contre les chinois, comme nous, mais ils étaient exsangues. Pas comme nous. Nous avions déjà massacré du Russe en Asie, nous allions en finir avec la menace des missiles du Kremlin sur l’Europe.


On nous fait décoller. Tout le régiment, avec le premier bataillon en pointe. Huit cent hommes environ, avec tout leur matériel. Plus d’une centaine d’hélicoptères, dont les pales tournoient dans la neige. Il neige en Juillet, signe que quelque chose déconne, et que les monstres sont encore de sortie. Le haut commandement n’avait plus que nous ; la totalité des forces conventionnelles, plus de cent divisions, attaquaient les russes de la Crimée à la Baltique. Les forces spéciales étaient déjà déployées partout pour provoquer la disruption du dispositif ennemi en profondeur. Il n’y avait que nous. Et on était en Pologne, trop loin pour intervenir à pied. Alors, hélicoptères. Malgré le temps. Le colonel avait dit que c’était de la folie, mais les huiles n’avaient rien voulu savoir. Hélicoptères par temps de neige, navigation aux instruments. La formation volerait d’un bloc, et se poserait au même moment en conservant les distances, pour permettre aux troupes de choc de débarquer. Je dirigeais la compagnie, alors. J’étais devenu capitaine, après l’Orient. J’avais une centaine de Fantômes sous mes ordres, et mes plus vieux cadres avec moi. La lie de l’humanité, mais je n’irais au combat avec personne d’autre. Clin d’œil de Kat, qui me rassure, alors que les bourrasques nous font passer dans des trous d’air. Le bruit est assourdissant. Plus d’une centaines d’hélicoptères, et la tempête, là dehors en prime ? Tout le monde est tétanisé. Vu le temps, c’est comme se placer dans une boule creuse, et être lancé dans les airs sur un terrain de baseball plongé dans le brouillard ; le vent, on se le prenait parfois encore plus brutalement qu’un coup de batte. Anders soufflait que les dieux voulaient notre peau. Je le fis taire, et devais rassurer McHall, qui malgré ses trente-huit ans à l’époque, avait toujours peur de voler malgré son habitude des hélicoptères.


Ce n’est que plus tard qu’on a appris que plusieurs hélicoptères avaient abandonné… Ou étaient entrés en collision. Quelques hommes étaient tombés, aussi. Pris dans les bourrasques de vent.


On arrive sur l’objectif. La lumière de l’habitacle passe au rouge. Je demande aux troupes d’approvisionner et de retirer la sécurité de leurs armes. C’est alors que le temps se suspend. Le colonel, un putain de farceur de mauvais goût, a fait mettre La Chevauchée des Valkyries, de Wagner, sur les hauts-parleurs bricolés sur son hélico. L’air grandiloquent explose au même moment où les hélicos franchissent un mur de neige, et nous font basculer dans l’enfer. Des sortes de chevaux ailés volent en tous sens et en bas, on distingue les flashs des fusils et des tirs de canon, la silhouette massive de tanks se laisse deviner. Les russes contre-attaquent.


Les hélicos entament un ballet mortel dans un tonnerre de rotors. Des animaux sont découpés à la mitrailleuse ou au canon, des roquettes partent dans tous les sens. Une rafale de balles traçantes découpe Reis, qui occupait la place la plus proche du flanc de l’appareil. Son corps fumant bascule dans le vide. Les tirs d’armes automatiques illuminent l’habitacle de flashs, alors que nous enfilons nos masques à gaz pour un meilleur débit d’oxygène pendant l’action, dans cet environnement glacial. Notre hélico se pose. L’équipage de celui d’à côté est submergé par des folles furieuses, aux casques ailés et aux armures d’acier. Les hommes sont massacrés, et le sang rouge éclabousse la neige. On disperse les sauvages d’une rafale d’armes automatiques, le crépitement de nos fusils d’assaut se suivant du choc sourd des balles perce-blindage contre les protections et les chairs. Les ennemies sont abattues.


Mon micro gueule. « Elles arrivent de partout ! » « Elles sont sur moi ! » « Abattez-les ! ». Les Fantômes s’égosillent, tuent, et meurent, alors que les divisions fédérales se sont retirées du champ de bataille et que les russes abandonnent leurs matériels et leurs chars en courant. La tempête de neige est terrible, s’accroît encore. Au-dessus de nous, cavalières et hélicoptères dansent dans un ciel parsemé de flocons et de fleurs d’acier des explosions et des traînées de roquettes. Partout, des fantômes sont massacrés à coups de haches, d’épées, de lances, qui fendent les kevlar et perforent les pare-balles. Je me souviens avoir hurlé quelque chose, à ce moment-là, et d’avoir fixé mon crève-cœur au canon. Kat a rameuté ce qu’il restait de la compagnie derrière nous. On a foncé en hurlant et en courant dans la tempête, lâchant des rafales à bout portant sur celles qui nous attaquaient, embrochant sur nos lames celles qui s’acharnaient sur nos camarades. Coup de pointe à gauche, dans les reins d’une combattante qui s’écroule. Elle crache du sang, ce qui doit être un juron, et tente de m’égorger, mais je presse la détente et mon visage est moucheté de son sang. On continue de charger vers les survivants du régiment, pour les dégager, au centre du champ de bataille. On continue de charger, profitant de notre élan. Mais l’opposition se fait plus rude. Les valkyries se regroupent. Et se jettent sur nous. Genou à terre, trempé déjà, par la neige. J’en cueille une d’un coup de crosse en plein visage, et le retour d’épée manque de m’éventrer. Kat la plante dans le dos, et je l’achève en la plantant dans le cou. On vide nos chargeurs sur celles qui arrivent, et leurs silhouettes se fige sous les coups qui leur prélève sang et chairs, les renvoyant au sol. On épaule nos armes et on aligne nos cibles. Rafales en tous sens, et on avance encore. Des rafales sporadiques éclatent encore, mais c’est fini. On a gagné.


Si victoire avait encore du sens. Alors que je fais l’amour à ma femme, j’y repense encore. La tête sur le côté, presque contre l’oreiller. On nous demande d’achever les blessés. Des deux camps. C’est sans doute l’ordre de trop, pour moi. Pendant quinze ans, j’ai exécuté tous les ordres, même les pires. Mais j’ai dû me battre toutes ces années pour que la situation ne dégénère pas entre mes tueurs et ceux d’autres unités de l’Union. Et voilà qu’on me demande d’abattre des collègues, des frères d’armes, pour protéger le secret de ce combat qui n’avait aucun sens… Pourquoi les Valkyries ? Pourquoi les russes ? Pourquoi nous ? Je ne retransmets pas l’ordre, mais mes hommes l’ont quand même entendu sur l’intercom. Ils plantent les Valkyries, a minima. Je fais semblant de m’atteler à cette même besogne. J’aide un conscrit hollandais à passer l’arme à gauche, un type au poitrail dévasté. Je regarde une Valkyrie mourir. Le même regard que ce putain de gosse, dix ans plus tôt. Elle me quitte pas des yeux alors qu’elle suffoque, qu’elle s’étouffe dans son propre sang. Je m’apprête à rentrer à la DZ pour rembarquer, quand un mince souffle de buée attire mon attention, sous une pile de cadavres. Un survivant, là-dessous ? Je repousse le corps d’un Fantôme d’une autre compagnie. Et dévoile le visage d’une ennemie, blessée, mais vivante. Pas trop salement blessée. Elle me dévisage avec stupeur, sans doute surprise d’être encore en vie. Son visage est parfait. Comme l’était celui de toutes ces guerrières, intervenues ici pour je ne sais quelle raison. Sa perfection est souillée par tout ce sang qui mouchette son visage, et qui coule de son nez, de sa bouche. Je ne comprends pas ce que je fous ici. Pour la première fois de ma vie, le meurtre a jamais eu aussi peu de sens. Pourquoi elles, et pourquoi nous ? J’hésite. J’ai déjà tué. Combien de fois ? J’ai perdu le compte depuis des années. Je m’accroupis. J’arrache la plaque du soldat mort sur elle, et ferme les yeux du camarade. Je n’adresse à la survivante qu’un index levé devant la bouche, en signe d’avertissement, de silence. Trop de gens sont déjà morts aujourd’hui, sans que je comprenne pourquoi. Tout ça n’avait aucun sens. Leur présence, la nôtre, la tempête. Ca puait la merde. Comme en Chine, dans l’usine biologique de Saipan.


Le visage de cette guerrière se superpose à celui de Jenna, qui râle de ce moment d’égarement, sous moi. Je fais comme toujours. Je redouble d’ardeur, masquant mon trouble, faisant semblant. Jenna n’est plus longue à jouir. Et moi, plus long à faire semblant non plus.


Parce que je me rappelle de l’Ordre 66. Et qu’il occupe toutes mes pensées. On nous l’avait appris durant notre formation. Destruction totale d’un ennemi et de toutes preuves de son existence. C’était ça, notre malédiction et notre fierté chez les fantômes. On était les fossoyeurs de l’Union Européenne, ses meilleurs guerriers, mais aussi les pires. Ce paradoxe nous rongeait tous, avait jadis donné du sens aux graines de malades de nos rangs, mais aujourd’hui, personne n’en ressortait indemne. Nous avions repris nos hélicos. Fait le plein à Vilnius, tout juste reprise. On nous avait parlé d’une faible opposition estimée. Heureusement ; moins du tiers des Fantômes était encore capable de se battre, l’essentiel était tué, blessé ou disparu, probablement gravement atteint en dehors du périmètre de recherche, ou perdu dans des collisions. Comme une douzaine d’hélicos, qui manquaient toujours à l’appel. Abattus par les russes ? La question se poserait plus tard. L’offensive vers Moscou se poursuivait, sans nous. Les hélicoptères volèrent une nouvelle poignée d’heures. On survola la Baltique, puis la Suède. Enfin, les montagnes, où il faisait relativement brumeux. Les hélicoptères se suivaient à la file indienne, ne pouvant plus adopter de formation plus compliquée vu le relief.


Un temple se dessinait. Une pluie de roquettes et de tirs de canons y strièrent la roche et y incendièrent le bois, alors que l’endroit semblait taillé à même la montagne. On nous descendit en rappel. Trois hélicos par trois hélicos, vague après vague. Kat à mes côtés, avec Anders et McHall. Lampe fixée en baïonnette à nos fusils, pour éclairer les cavités et tunnels, qui n’étaient pas éclairés. La fusillade fut brève mais intense. L’Ordre 66 fut envoyé, relayé sur les ondes. Il n’y avait eu que quelques jeunes femmes et vieillardes pour défendre l’endroit. Toutes furent facilement maîtrisées, puis abattues. L’ordre était sans ambiguïté. Les captives furent fusillées par le peloton de Rawne à l’entrée du temple, pendant que le peloton de O’Langhly amenait la « munition » dans la pierre la plus étrange de l’édifice : une gigantesque salle, mettant en avant des pierres précieuses qui brillaient intensément malgré l’obscurité et l’absence de lumière à refléter. Un endroit qui nous avait tous emplis d’une terreur sourde, d’une peur sans âge. Le « dispositif » fut branché et installé, armé. La place fut évacuée par tous les fantômes, avec des pertes cette fois légères. Exténués par plus de quarante-huit heures de préparatifs, de trajets, de combats et de ravitaillement, personne ne soufflait mot dans l’appareil. Jusqu’à ce que, loin derrière nous, la Montagne ne fut pulvérisée dans un fracas de la Fin des Temps.


La roche pleuvait autour de nous en scories brûlantes, le ciel se remplissait de gravats et de poussières et le flash avait rendu aveugle deux soldats rien que dans ma compagnie, qui n’avaient pas écouté les consignes. Mais ce n’est pas les scories géantes qui manquèrent de nous tuer. Mais autre chose. Autre chose que j’avais essayé d’enfermer en moi depuis ce jour. Comme si on avait d’un coup fendu mon cœur en deux, déchirant mon âme à coups de dents. Anders s’était lui-même tiré dans le genou, Kat avait débité des paroles incohérentes, les yeux révulsés, et McHall avait voulu se jeter hors de la cabine. Et moi… J’étais en pleine crise hallucinatoire. Des tas de bons gars sont morts sur le coup, dans les accidents provoqués par ce qui nous fut indiqué comme le « contrecoup psychique » de ce que nous venions de faire, si ce terme voulait dire quelque chose. Quantité d’autres sont morts les semaines et les mois qui ont suivis. Beaucoup se sont suicidés. D’autres ont fait des attaques cardiaques. On ont été abattus par la police militaire, après avoir totalement pété les boulons. Nous autres, nous avions survécu… Mais l’unité n’a plus jamais été la même. Période de « décontamination », suivi psy, on nous avait gardé un temps dans l’armée, avant de nous rendre à la vie civile. Pas de défilé de la victoire pour les Fantômes. Les huiles avaient trop peur qu’un de nos gars ne s’empare d’une arme et ne tire au hasard. Décorés, primés, on est rentré chez nous. Vétérans aux poitrines rutilantes de médailles, toutes récompensant l’horreur de notre devoir. Plus de neuf sur dix d’entre nous étaient incapables de reprendre une existence normale.


Le fond du problème, avec Jenna, c’était mes crises de colère. Ce besoin lancinant, que j’avais jadis cru devoir aux médicaments « post-66 », puis plus tard, à l’alcool ou aux médicaments, aux filles… Mais j’étais colérique. Gravement. J’avais manqué de battre à mort un type, peu de temps après mon retour, alors que Jenna m’avait emmené au cinéma. J’avais été accusé de brutalité sur un camarade de classe de Chloé, qui la harcelait au collège ; le gamin n’avait jamais voulu avouer à quiconque ce que j’avais dit ou fait, mais ne mangeais plus, et ne dormais plus non plus. Je ne m’en rappelais qu’à moitié. Et il y avait eu le reste. Ces abus d’alcool. Ces moments de perte de contrôle total, où Jenna m’avait récupéré dans des bars, avec des filles. Cette dispute au bureau des retraites militaires, où j’en étais venu aux mains avec l’agent et plusieurs gardes de l’édifice, cognant de partout pour réclamer justice. Jenna avait tenu bon, toutes ces années. Pour moi. Malgré les coups qu’elle avait dû encaisser ; psychologiques j’entends. Je n’avais jamais cogné ma femme. Mais j’avais failli la tuer. La dernière fois, c’était un cauchemar que je ne maîtrisais pas. Mais une de nos disputes avait dégénéré, et j’avais saisi un couteau, comme par réflexe, alors qu’elle refusait d’arrêter de me pointer du doigt et de me hurler dessus. La lame était cachée dans mon dos. Elle ne l’avait pas vue. Mais sur le coup, tout en moi me poussait à la planter. Je m’étais retenu, en sueur et tremblant, d’extrême justesse. Jenna avait pris mes pleurs pour des excuses. Et par faiblesse, je n’avais pas su la quitter pour sa propre sécurité. Aider mes anciens soldats ne soignait pas mes blessures de guerre, mais me permettait d’en museler les symptômes. C’était ma nouvelle drogue. Mais j’avais compris, depuis le temps, ce qui me rendait fou.


L’inaction. Le manque d’adrénaline. J’avais commencé à me battre « pour rigoler » avec d’anciens soldats, un soir par semaine, à la sortie du boulot. Et c’était ça, ma came. L’action. Le danger. Jenna se tire. Frustrée. En rage. Elle sait que je pensais à autre chose quand nous avons couché ensemble. Ca ne la vexe plus, mais ça lui prouve qu’elle a été bête d’attendre si longtemps. Les filles rentrent quand nous nous préparons en silence, sans un mot, sans un bruit, sans un regard l’un pour l’autre. Il est temps de se mettre en route. J’essaie d’embrasser Jenna, lui dis qu’elle est belle. Elle secoue la tête, le regard plein de larmes.


12 décembre 2049. La soirée.

Nous sommes chez Anders. Son tir dans le genou l’a laissé à demi invalide, malgré les prothèses. Il est content de nous présenter sa nouvelle copine. Une superbe femme, vingt ans plus jeune que lui. Pour elle, la guerre, c’est ce qui s’est fini par cette grande fête au moment de la victoire, quand elle était à peine ado. Il sourit jusqu’aux oreilles. Intérieurement, je soupire. Il va la sauter. Encore et encore. Lui faire tous ces trucs, et elle se barrera, comme toutes les autres. Anders a des problèmes, lui aussi. Pas les miens. Mais un regard vers Kat –qui se saluent froidement, elle et ma femme- me convainc que nous sommes tous dans ce cas. Kat aussi a ramé, pour se réinsérer. Un job de sécurité privée, deux divorces, et des procès au cul pour violence. Si elle n’avait pas eu son gamin, juste après la guerre… La soirée se passe dans cette drôle d’ambiance, symptomatique de chaque occasion où les Fantômes se réunissent avec des gens « normaux ». Je sens que ça va dégénérer au moment où Kat, un peu avinée, lance que son premier divorce a été provoqué par le fait qu’elle n’avait jamais raconté ce qu’elle avait fait, pendant la guerre, à son mari. Et que son second divorce était arrivé quand elle l’avait fait avec son mari suivant. Tous les Fantômes avaient ri, parce qu’ils savaient très bien ce que c’était. On ne pouvait pas en parler, ça bouffait nos proches de ne pas savoir, mais ça les bouffait encore plus quand ils étaient mis au courant. Mais Jenna ne l’avait pas entendu de cette oreille. Un peu ivre, elle aussi, ayant abusé du Monbazillac, dans sa colère et sa frustration née de nos disputes. Elle avait dit que ça se voyait qu’on était tous cramés, là-haut, et qu’on se morfondait et qu’on se drapait dans notre propre douleur, concluant son discours par un « vous faites vraiment chier, avec votre guerre ! » qui fut accueilli par un silence de tombe. Mes hommes coulaient un regard vers moi, de celui où on attend une réaction. J’avais attiré ma femme dans le jardin, la tirant par le bras. Peut-être un peu fort, mais j’étais furieux, et au centre du petit scandale de la soirée.


Je lui balançais, assez froidement, qu’elle aurait plutôt dû tourner sept fois sa langue dans sa bouche, qu’elle avait blessé des gens, ce soir. Des gens qui s’étaient battus, et qui avaient beaucoup souffert. Elle ricana, pleine de sarcasmes. Et elle, n’avait-elle pas souffert ? Avec moi ? L’attaque me figea. Je fronçais les sourcils, contractant mes muscles maxillaires, endurant la tempête. Ses accusations sur notre vie quotidienne, mon manque d’implication, mon comportement violent, mon manque de patience avec les gamines, mon manque de respect, le fait que, cinq ans après avoir été rendu à la vie civile, j’étais toujours incapable de retourner voir un psy pour arrêter de niquer ses nuits. Je la giflais. Sèchement. Brutalement. Pas le soufflon qu’on réserve à quelqu’un d’insolent, mais la claque que l’on réserve à quelqu’un à qui l’on impose son point de vue, le rapport de force, la situation présente. Elle était partie toute seule et, choquée, Jenna me dévisageait alors que mon visage s’était retrouvé tordu par la colère. Se tenant toujours la joue, elle rentra, bouscula les gens qui essayaient de voir si elle allait bien, et prit son manteau avant de sortir par l’avant et demander un taxi. Je restais un moment dehors, m’allumant une clope du paquet de Kat. Pour la première fois en sept ans.


Je restais dehors deux heures de plus, accompagné de mes anciens collègues et amis. Tous aussi fous et dérangés que moi. Les autres avaient fini par partir. La copine d’Anders n’avait même pas fini la soirée. Ils étaient là. Les survivants de ma compagnie. Je tirais sur une énième clope, finissais un verre de plus. J’avais pris ma décision. J’expliquais au groupe notre nouvelle mission. Je savais depuis des années, je le sentais dans mes tripes, que le mal qui me rongeait les travaillait eux aussi, jour et nuit, depuis sept ans. Je leur racontais l’histoire du gamin de Kat, de son besoin de cash, de l’insuffisance de nos retraites. Je prenais à bras le corps le problème de notre retour à la vie civile. De notre absence de talents et de compétences pour la paix. Kat avait besoin d’une grosse somme d’argent. On avait tous des dettes, des besoins. On allait repartir en guerre. Ensemble. Comme autrefois. Et on paierait les soins qu’il faudrait pour le petit. Et on prendrait tout ce qui nous revenait de droit pour les saloperies qu’on avait accomplies au nom du gouvernement. De toute façon, cette ville appartenait aux malfrats et aux politiciens, alors, qu’est-ce que ça pouvait faire si on piquer dans les caisses des pourris corrompus d’Europolis ? Un frisson d’enthousiasme parcourut la « troupe ». Les Renards, première compagnie du « Bataillon Spécial », se reforma ce soir-là.


Je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait, en rentrant. Jenna qui faisait ses valises. Jenna qui pleurait, qui me convainquait de faire machine arrière. Les trois filles, enfermées dans la chambre des petites, qui partageaient leur misère de m’avoir sur le dos. Ce ne fut rien de tout ça. Je sentais dans mes tripes de toute façon, que quelque chose s’était cassé, la veille au soir. Et c’était pire après le sexe. Je ne trouvais qu’un mot sur la table de la cuisine.


Au revoir, à jamais.


Je chiffonnais le papier entre mes mains. Jenna s’était barrée avec les filles. Elle savait que je la retrouverais facilement. Mais elle l’avait fait quand même. Elle savait des choses sur moi, même si je n’avais parlé de rien directement. Elle les avait apprises par des tiers. Et je savais, vu la tournure de ce simple mot, qu’elle n’hésiterait pas à se servir du peu qu’elle savait contre moi. Ok, avec Jenna, tout était grillé et mort depuis longtemps. Je ne l’aimais plus pour ce qu’elle était, mais pour ce qu’elle faisait pour moi, et elle ne m’aimait plus que pour ce que j’avais jadis été pour elle. Rien de sain. Mais mes gamines… Il me fallut des heures, beaucoup de whisky et quantité de clopes pour que j’en arrive à la conclusion logique et inébranlable ; elles seraient mieux sans moi. Surtout avec ce que je m’apprêtais à faire. Je les verrais en cachette, s’il le fallait. Mais c’était mieux pour elle, qu’elles prennent de la distance. Je me rappelais alors les derniers mots de conclusion du psy qui m’avait auditionné après l’opération « Götterdämmerung » en Norvège.


« Raulne est un excellent soldat, dont l’action ne verra jamais, hélas, aucune publicité de ses faits d’armes pour la défense de l’Union. Sa valeur brille comme une comète, mais elle risque comme elle de nous retomber dessus, un jour ou l’autre, s’il fallait un jour le rendre à la vie civile. »




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We have chose
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We're in this together now
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We will make it through somehow



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